mardi 23 février 2010

Tsalka, où la pommes de terre vaut de l'or


La région de Tsalka est l'une des plus improbables de Géorgie. A à peine 70km de Tbilissi, sur les hauts plateaux volcaniques du Petit Caucase, Tsalka est pourtant l'une des villes les plus isolées du pays.



A l'époque soviétique, c'était l'une des régions agricoles les plus prospères de l'URSS. Ses pommes de terres étaient parmi les plus fameuses de l'Union. Mais avec la désintégration du territoire géorgien au début des années 1990, des années d'absence de l'Etat, de règne de seigneurs de la guerre et de mafieux, la région s'est retrouvée entièrement isolée.



Sur son haut plateau entre 1500 et 2700 mètres d'altitude, la région a vu ses routes rapidement devenir des tourbiers. De plus, c'est l'une des régions du pays qui a connu les plus grands bouleversements démographiques. La région était peuplée, avant l'effondrement du pays, d'une majorité de Grecs et d'une minorité d'Arméniens.



Paupérisés et tentés par l'ouverture des frontières de la Grèce à tous les membres de sa diaspora, les Grecs sont quasiment tous partis, laissant ville et villages abandonnés. Les Arméniens se sont retrouvés en majorité. Enfin, fin des années 1990 jusqu'en 2005, des Géorgiens victimes de catastrophes écologiques ont été relocalisés ici.

Le mystère des pommes de terres

Un dimanche de février, jour de marché à Tsalka, fin d'après-midi. Nous partons de Tbilissi et poursuivons notre route, dans une BMW immatriculée à Tbilissi, jusqu'à la ville de montagne reculée. Les Tbilissiens n'ont bien sûr qu'une idée en tête : acheter des pommes de terres moitié moins cher que dans la capitale. Après tout, nous sommes au paradis de ce féculent, là où il est le meilleur dans toute la région et peut-être même au-delà.

Au fur et à mesure que nous interrogeons les autochtones, le doute s'empare de nous. Que ce soient les quelques passant, souvent des femmes apparemment grecques ou arméniennes puisqu'elles ne comprennent pas le Géorgien, les pompistes ou le tenancier de l'unique magasin de la rue principale, des Adjares ou des Svanes, encore les quelques personnes croisées sur la route, visiblement des paysans eux-mêmes probablement cultivateurs de pommes de terre, la réaction est la même.

"Où peut-on acheter des pommes de terre?" entraine une réponse hâtive, réticente et peu naturelle : "Non, non" ou "Sais pas" ou simplement un signe de la main indiquant le non catégorique, qui contraste avec la sympathie du premier abord.

Au pays de la patate, pas moyen d'en acheter une seule, même à prix d'or.

Nous repartons bredouille, et nous disons que ces gens, loin d'ignorer où acheter des pomme de terre, refusaient de nous dire. Peut-être même, avaient peur. Une dizaine de kilomètres après avoir entamé la descente du plateau, nous croisons un camion en panne que nous avions déjà vu à l'aller. Plein à craquer de sacs de pommes de terre de 60 kilos. Nous demandons aux camionneurs de nous en vendre un. Aucun problème, cela leur fait un peu d'argent de poche. Moitié prix des marchés de Tbilissi. Nous demandons où ils se les sont procurées. "A Tsalka, pardi, où, sinon?"

Une seule explication parait envisageable. Le marché fonctionne ainsi : des grossistes achètent les pommes de terre à bas prix aux cultivateurs ou à de plus petits vendeurs de Tsalka pour les marchés de Tbilissi, et interdisent aux autochtones de vendre aux particulier. En somme, une version capitaliste du système kolkhozien qui existait ici à l'époque soviétique.

Redescendu dans la vallée, je parle de cette histoire. Et entends parler de quelqu'un qui, en Mingrélie, a essayé il y a quelques années de monter une vente d'herbes fines qu'il cultivait à des particulier. Et que l'entreprise n'avait pas pu se faire parce que la mafia locale interdisait de vendre à d'autres qu'à elle.

A Tsalka, l'effondrement de l'Union Soviétique aura changé bien des données, dans les données démographiques, en ce qui concerne l'état des infrastructures. Mais le fonctionnement économique des temps anciens, lui, semble avoir persévérer. Sont-ce les mêmes, les anciens directeurs de Kolkhozes, qui ont toujours la mainmise sur la région?

Photos : Nicolas Landru

jeudi 18 février 2010

Sokhoumi, si loin, si près


Atlas de la Géorgie, dirigé par Marina Sokhadzé, p.9 : "Sur la côte de la Mer Noire (géorgienne), il y a beaucoup de stations balnéaires : Bitchvinta, Gagra, Sokhoumi, Ouréki, Kobouléti, Makhindjaouri, Batoumi..."


Les trois premiers lieux indiqués se trouvent en Abkhazie, république de facto séparée de la Géorgie depuis 1993, a fortiori depuis la défaite géorgienne lors de la guerre d'août 2008. Rien dans l'atlas, pas une carte ni une ligne, ne permet de penser que tous ces lieux, mémoires des meilleures vacances des années 1970 ou 80, sont depuis près de 20 ans inaccessibles aux Géorgiens.

Sur la route principale du pays, depuis Tbilissi pour aller vers l'ouest, la grande direction indiquée sur tous les panneaux est Sokhoumi. Rien ne permet de penser qu'en réalité, on ne peut pas s'y rendre en voiture depuis ce côté-ci du Caucase.


En Géorgie, tout est présenté comme si l'Abkhazie était encore en Géorgie, comme si on voulait ostensiblement conjurer la brutale vérité. Et pourtant, si de jure, le monde entier refuse d'entériner la réalité militaire, à l'exception de la Russie, du Nicaragua, du Vénézuela et de Nauru (qui a reçu sans s'en cacher une forte somme d'argent pour reconnaître les territoires séparatistes de la Géorgie), de facto, tout le monde sait quelque part que Tbilissi a une bien maigre chance de pouvoir dans un futur proche envoyer ses baigneurs sur les plages abkhazes. Personne n'est dupe, mais personne ne peut se permettre de l'avouer sans passer pour un traître à la Nation.

Car à Tbilissi, on rêve encore de reconquérir la capitale abkhaze dissidente, qu'on en soit originaire ou non. Le comment n'est pas important. Cette BMW au nom de Sokoumi accompagné de la croix de Bolnissi, croix nationale géorgienne, a plus d'une petite soeur garée dans la capitale géorgienne et qui lance comme elle un appel à la reconquête du territoire perdu.

Photos : Nicolas Landru

Plekhanov, future capitale de la mode au Caucase?

Plekhanov, quartier populaire la rive gauche de Tbilissi à la charmante architecture du XIXème, aurait de loin les moyens de devenir un nouveau "Fashion Hype".


Pour jumelles quinquagénaire tout au moins, car depuis quelques temps, on les voit défiler par deux arborant de chatoyantes tenues d'hiver sur les trottoirs de l'Avenue Aghmachénébéli en pleine rénovation, et l'exemple pourrait bien se propager à travers tout Tbilissi, au-delà, la Géorgie, et pourquoi pas dans tout le Caucase, l'Asie mineure et, pourrait-on rêver un jour, laisser sa marque indélébile au monde entier?



Photos: Nicolas Landru

lundi 15 février 2010

Maréchaux-ferrants azéris sur le marché aux chevaux de Kabali (Kakhétie)

VIDEO : http://www.youtube.com/watch?v=aVWk0HHMvHM

Faire poser un fer à son cheval sur le marché aux chevaux de Kabali coûte 20 laris. Tous les trois mois, un investissement obligatoire pour beaucoup d'habitants de cette région où le bel animal est encore souvent un "outil" de vie important ; transport, élevage, agriculture...

Les maréchaux-ferrants présents tous les dimanche sur le marché sont, comme bon nombre de vendeurs, des Azéris de la région, du village de Kabali ou d'autres. Fins artisans, ils connaissent leur ouvrage et ne manquent pas de fierté lorsque des étrangers veulent filmer leur art...


Dans l'extrait vidéo (voir le lien), les questions leurs sont posées par l'artiste-aventurier allemand Hans Heiner Buhr, qui tient aussi une agence de voyage en Géorgie, "Kaukasus Reisen". Il organise des circuits, entre autres en Kakhétie, qui peuvent inclure une visite au marché dominical.

Ce jour-là était l'ouverture de la Bérikoba, carnaval géorgien qui veut que des diables, "Bérikas" masqués, rackettent les badauds...

Photos et vidéo (voir lien) : Nicolas Landru

mardi 9 février 2010

Staline est parti de Tbilissi

Fresque de Staline au 105, Aghmachénébéli en 2008 ( Birgit Kuch)

Après avoir survécu à la déstalinisation, à la perestroïka et à la guerre civile, le Petit Père des Peuples, le plus célèbre des Géorgiens, aura succombé au réaménagement de Tbilissi entrepris par le gouvernement de Mikheïl Saakachvili. Dans le cadre du programme lancé par le maire de la capitale Guivi Ougoulava (du parti du président), intitulé "La nouvelle vie du vieux Tbilissi", l'avenue Aghmachénébéli (anciennement Plékhanov) est rénovée de fond en comble. Ce quartier d'architecture russe néo-classique du XIXème siècle, aux façades magnifiques mais en piteux état, va connaître les plus grands travaux d'assainissement de son histoire. Les bâtiments vont aussi être transformés, modernisés, certains vont gagner un étage.

"La nouvelle vie du vieux Tbilissi" (N.Landru)

Le rebrossage aura au passage donné au pouvoir l'occasion de démolir l'arche du numéro 105, où se trouvait jusqu'en 2009 un bas-relief de Staline rescapé des temps... Il s'agit de l'entrée secondaire d'un théâtre de marionnettes pour enfants ouvert dans les années 1930 ; la fresque représentait des enfants donnant des fleurs au Petit Père des Peuples...

105, Aghmachénébéli après destruction de l'arche (N.Landru)

Le régime actuel, pro-occidental et moderniste, ne porte guère d'admiration pour la période stalinienne et doit être plutôt ravi de se débarrasser de ses traces encombrantes. Dans la capitale tout du moins, car à Gori, ville natale du dictateur, ce sera une autre affaire que d'enlever les effigies de Joseph Djougachvili sans heurter la population éprise de son fils prodigue...

Place Staline à Gori (N.Landru)

dimanche 7 février 2010

Reportage BD en Ossétie du Sud (de Chapatte)


Un très bon reportage sur un support original dans l'Ossétie du Sud d'après-guerre : le dessinateur français Chapatte, spécialiste de "dessins de presse", recueille les témoignages de représentants de la société civile mais aussi de simples habitants ossètes et géorgiens de Tskhinvali et alentours, dans le sillon d'une mission de la croix-rouge. En ce qui concerne la guerre d'août 2008, il a le mérite de montrer le point de vue des Ossètes (souvent ignoré par l'opinion publique internationale qui a favorisé la vision d'une guerre russo-géorgienne ; de plus, les journalistes occidentaux ont considérablement plus fait d'enquêtes en Géorgie qu'en Ossétie du sud et plus massivement recueilli les témoignages de Géorgiens). D'un point de vue journalistique, le reportage a la grande qualité d'être au crayon aussi clairvoyant et apte à capter la réalité qu'une caméra ou un appareil photo.

Le reportage BD est accessible en ligne sur le site de l'auteur
Editorial Cartoons ; ou (on peut mieux zoomer) sur le site du CICR

mardi 2 février 2010

Radisson Blu Replaces Iveria - View Stays Breathtaking!

View from the Radisson Blu Iveria (N.Landru)


Radisson Blu Iveria (N.Landru)

In the Georgian capital, the prestigeous Iveria Hotel, which was the city's best one in Soviet Times, with appealing views on Tbilisi and surrounding mountains, became in the 1990's the symbol of independant Georgia's tragedy. It was built at the end of the 1970's and got the name of an ancient eastern Georgian kingdom, Iveria. Sometimes translated "Iberia", the officials prefered "Iveria", because in case the "I" would fall down, one could read "Beria", the name of stalinist purges' executor in Georgia in the 1930's! IDPs from Abkhazia were relocated here after 1993, at the very heart of the capital. Thus, the hotel embodied the country's sorrows.

Iveria in the 1990's (Source : http://ehistory.osu.edu/osu/origins/images.cfm?articleid=20)

In 2005, the dull concrete tower was purchased by investors, and its provisory inhabitants got money to move out. After years of looking like a skeleton, the Iveria was finally rebuilt by the Kazakh-owned Silk Road Group and became in 2009 the brand new Radisson Blu "Iveria" 5 stars hotel.

2006 (B.Kuch and N.Landru)

2008 (B.Kuch and N.Landru)

From the 18th floor, where is located the "Oxygene Bar", the view is still the same as in old times. One can enjoy it already from the transparent elevator while going up... And for the richer ones, sauna and swimming pool are all surrounded by a bay window, so that one can swim or sweat (naked!) in front of an aerial panorama, facing the Caucasus Kazkbek Range - and without being seen...

2010 (N.Landru)


View from Oxygene Bar (N.Landru)

"Rose Revolution Square", at the Radisson Blu Iveria's entrance (N.Landru)

For more information on the IDPs in the former Iveria Hotel, see Paul Manning's interesting paper: The Hotel/Refugee Camp Iveria: Symptom, Monster, Fetish, Homeat

vendredi 29 janvier 2010

Quelques images de Géorgie en hiver


La petite ville de Sighnaghi, et en arrière-fond, le Grand Caucase (Daguestan)


Troupeau en Kakhétie, au pied de la chaîne du Daguestan


Ferme à Ninigori, Kakhétie, au pied de la chaîne du Daguestan


Vue sur la chaîne du Kazbek dans le Grand Caucase depuis l'église Tvereli à Tbilissi (Mtatsminda


Didveli (Bakouriani), deuxième station de ski du pays, dans la chaîne de Trialétie du Petit Caucase


Toutes les photos : ©Nicolas Landru

Le marché de Kabali en Kakhétie : intégration régionale autour du cheval?

Article publié dans Caucaz.com le 12/01/2010

Par Nicolas LANDRU à Kabali/Ninigori


© Nicolas Landru, Marché aux chevaux de Kabali

Le marché aux bestiaux dominical de Kabali en Kakhétie, aux confins sud-est de la Géorgie et à quelques kilomètres de la frontière avec l'Azerbaïdjan, semble comme revenu d'une autre époque. C'est le plus grand marché de ce genre en Géorgie, au cœur d'une région témoignant d’une superposition des peuples et des cultures. Là où le pastoralisme rejoint le sédentarisme, quelques perspectives sur un tropisme emblématique de dizaines d’économies locales en Transcaucasie.

La région de Kabali, le district de Lagodékhi, est un espace de transition. Au nord et à l'ouest, la Kakhétie profonde du vin et des traditions géorgiennes. Au sud, la Kakhétie des steppes et des bergers, qui ouvre sur l'Azerbaïdjan et au-delà, la Caspienne et l'Asie centrale.

La zone habitée s'étale comme une lignée entre la muraille de pierre abrupte et sans trouée du Grand Caucase (au-delà de laquelle s'étend le Daguestan en Russie) et la vallée de l'Alazani, vaste lit alluvial de la rivière traditionnellement inhabité en raison des crues, et réservé aujourd'hui à l'agriculture.

Le village de Kabali est en majorité peuplé d'Azéris et c'est l'un des plus anciens de la région. Tout le district de Lagodékhi est composé d'un savant mélange ethnique. Des villages géorgiens, la grande majorité, plus précisément d'Imérétiens de Géorgie occidentale relocalisés ici dans les années 1930 pour peupler cette région alors quasi vide d'habitants ; des villages azéris ; ossètes, en voie rapide de dépeuplement, l'émigration vers l'Ossétie du Nord étant fulgurante ; enfin de groupes ethniques daguestanais (Lezguines, Avars). On trouve même quelques villages d’Oudis, ce peuple chrétien quasiment disparu, formant une petite minorité en Azerbaïdjan, et que l'on dit descendant des anciens Albanais du Caucase.

Pastoralisme

Un groupe de population nomadise tout au long de l'année du nord au sud de la Kakhétie, donnant en quelque sorte son unité à la région : les Touches, bergers originaires des montagnes de Touchétie tout au nord-est, lesquelles constituent les pâturages d'été pour leurs troupeaux. A l'automne, ils descendent toute la vallée de l’Alazani pour atteindre leurs pâtures d'hiver, les steppes de Chiraki à la frontière azérie. Bon nombre d'Azéris du sud de la Kakhétie sont également pasteurs et se déplacent de manière saisonnière dans le sud de la région, franchissant souvent la frontière de leur pays "titulaire", l'Azerbaïdjan.

En somme, le voile du nomadisme fait encore surface dans la région, pour venir se mêler à la culture sédentaire et viticole des Géorgiens. A l'époque soviétique, les peuples nomades ont été à demi-sédentarisés, souvent assignés à surveiller des troupeaux collectivisés. Les cultures « nomades » d'origine n'ont pas tardé à réapparaître en force avec l'effondrement de l'URSS, et dans l'indigence des infrastructures, le cheval a repris une place primordiale dans la culture locale.

Utilisés pour le transport, comme les bœufs et buffles d'eau, mais surtout comme monture pour la surveillance des troupeaux de moutons élevés pour leur laine et leur viande, ces petits chevaux de type arabe rappellent qu'il n'y a pas deux siècles, des peuples turcs nomades en provenance des steppes d'Asie centrale (qui allaient devenir l'un des nombreux composants de la minorité azérie) venaient encore s’établir dans la région .

Nœud d’une économie de subsistance

Important point de commerce des chevaux, bœufs et moutons, installé entre deux villages, le marché aux bestiaux de Kabali se présente comme un vaste espace plat sans infrastructure précise, étalé autour du lit alluvial de la rivière Kabali. Vite boueux quand il a plu, il ressemble surtout à un vaste terrain vague où chaque dimanche, on peut venir tenter de vendre ses bêtes.

Les véhicules (Ladas et charrettes à chevaux pour la plupart) sont vaguement garés sur les côtés, et sur le terrain, les hommes exposent et montent les bêtes, négocient un cheval pour 300 à 2000 laris selon la "qualité" de la bête, son âge, sa taille, sa force. Des courses et essais de charrettes et de chevaux ont lieu entre les étalages, fournissant le divertissement nécessaire aux longues heures d'attente, semant parfois la panique parmi l'attroupement.

L'attirail annexe, selles et étriers, chars ou harnais, est confectionnés à la main, en bois, en cuir ou en peau de mouton. Si le marché aux chevaux ne rassemble quasiment que des hommes, le marché d’équipement, de victuailles, vêtements, et produits divers, sous des halles précaires installées de l'autre côté du site, est l'apanage des femmes et des familles. Ce marché, comme on en trouve de partout dans le Caucase, est néanmoins le plus important du sud de la Kakhétie.

Un facteur d’intégration régionale ?

A l'image du festival religieux d’Alaverdoba, au nord de la Kakhétie, qui a lieu autour de la cathédrale orthodoxe d'Alaverdi et qui est traditionnellement ouvert à toutes les confessions, le marché de Kabali est un point de rencontre des villages et des groupes ethniques de la région. Facteur d’équilibre régional, on vient de loin pour y participer, dans cette province rurale ou l’agriculture et, dans une moindre mesure, le pastoralisme, sont un élément important de l'économie des foyers.

La Kakhétie fait partie des régions les plus multiethniques de la Géorgie, mais elle appartient aussi aux plus stables et aux moins empreintes de tensions ethno-politiques. Si ce phénomène est lié à un grand nombre de facteurs, le mode de gestion des dirigeants locaux, la structure du pouvoir, l’histoire, des causes géostratégiques, il a aussi indéniablement à voir avec le fait que tous les groupes de la région – dont aucun n’est isolé et qui parlent tous le Géorgien comme langue de communication – sont unis dans un système socio-économique particulier qui tourne autour de cette rencontre entre viticulture, pastoralisme, nomadisme et sédentarisme.

« 14 peuples vivent à Lagodékhi », s’exclame dans un toast Batcho, que son métier amène à faire du porte à porte dans toute la région. « Tout le monde a besoin de tout le monde, et tous vivent en paix, en bons voisins. ».

Bien loin de Tbilissi et de la nouvelle Géorgie, le marché de Kabali est un résidu d'âges où le temps n'avance pas aussi vite. C’est un vestige que l'URSS n'a pas enterré, loin de là, et que la Géorgie mettra longtemps à faire disparaître. Les transformations socio-économiques récentes que connaît le pays concernent des domaines précis touchant presque uniquement la population de la capitale. Elles ont bien peu d'impact sur les "écosystèmes" de province. Faute d'une révolution économique durable capable de restructurer de fond en comble une société encore ancrée dans la ruralité et le pastoralisme, le marché de Kabali et ses innombrables parents animeront encore bien des dimanches de micro-régions du Caucase.

Voir aussi le portfolio de Caucaz.com : Le marché de Kabali

Der Markt von Kabali in Kachetien: Regionale Integration durch das Pferd?

Veröffentlicht in Caucaz.com am 26/01/2010

Von Nicolas LANDRU in Kabali/Ninigori
übersetzt von Astrid HAGER



© Nicolas Landru, Der Pferdemarkt von Kabali

Der Viehmarkt von Kabali in Kachetien, an der südöstlichen Grenze Georgiens und einige Kilometer von der Grenzelinie zu Aserbaidschan entfernt, erscheint wie die Wiederkehr einer anderen Epoche. Dieser Markt ist der größte seiner Art in Georgien, im Herzen einer Region, in der sich Völker und Kulturen überlappen. Hier treffen sich Weidewirtschaft und Sesshaftigkeit und lassen Einblicke in den beispielhaften Tropismus von Dutzenden von Lokalwirtschaften im Transkaukasus zu.

Die Region von Kabali, der Bezirk Lagodechi, ist eine Übergangsregion. Im Norden und Westen das tiefe Kachetien mit seinem Weinbau und seinen georgischen Traditionen. Im Süden das Kachetien der Steppen und Hirten, das sich nach Aserbaidschan hin öffnet, und jenseits davon dem Kaspischen Meer und Zentralasien.

Das bewohnte Gebiet zieht sich wie eine Linie zwischen der lückenlosen steinernen Steilmauer des Großen Kaukasus (auf deren anderer Seite sich Dagestan in Russland erstreckt) und dem Alasani-Tal hindurch, jenem Schwemmgebiet am Fluss Alasani, das aufgrund der hohen Überschwemmungsgefahr traditionell nur dünn besiedelt ist und heute hauptsächlich landwirtschaftlich genutzt wird.

Das Dorf Kabali wird überwiegend von Aseris bewohnt und ist einer der ältesten Orte in der Region. Der Bezirk Lagodechi setzt sich zusammen aus einem sehr feingliedrigen ethnischen Gefüge. Zum einen die georgischen Dörfer, die die Mehrheit ausmachen, genauer gesagt, Imeretier aus Westgeorgien, die in den 1930er Jahren hier angesiedelt wurden, um diese damals nahezu menschenleere Gegend zu bevölkern; daneben aserische Dörfer; sowie ossetische Dörfer, die allerdings aufgrund der rasanten Emigration nach Nordossetien immer leerer werden; und schließlich die ethnischen Gruppen der Dagestaner (Lesgier, Awaren). Selbst einige Dörfer der Udis finden sich hier, einer christlichen Volksgruppe, die nahezu verschwunden ist und nur noch eine kleine Minderheit in Aserbaidschan bildet. Von ihnen wird behauptet, sie stammen von den alten kaukasischen Albanern ab.

Weidewirtschaft

Es gibt eine Bevölkerungsgruppe, die das gesamte Jahr hindurch vom Norden in den Süden Kachetiens als Nomaden umherzieht und auf diese Weise die Region sozusagen zusammenhält: die Tuschen, ein Hirtenvolk aus den Bergen von Tuschetien ganz im Nordosten des Landes, wo sich die Sommerweiden ihres Viehs befinden. Im Herbst treiben sie ihr Vieh das gesamte Alasani-Tal herunter, um ihre Winterweiden, die Steppen von Schiraki an der aserischen Grenze zu erreichen. Auch zahlreiche Aseris aus dem Süden Kachetiens sind Hirten und ziehen saisonbedingt in den Süden der Region, wobei sie häufig die Grenze zu ihrem „Stammland“ Aserbaidschan überschreiten.

Letztlich taucht die Spur des Nomadentums nach wie vor in der Region auf und verschmilzt mit den Traditionen der Sesshaftigkeit und des Weinbaus der Georgier. Zur Sowjetzeit waren die Nomadenvölker halb sesshaft und oft dazu eingeteilt, sich um das Vieh der Kolchosen zu kümmern. Die ursprünglichen „nomadischen“ Kulturen erlebten jedoch rasch nach dem Zusammenbruch der UdSSR eine starke Renaissance und aufgrund fehlender Infrastrukturen eroberte sich das Pferd seinen einst so wichtigen Platz als Verkehrsmittel in der lokalen Kultur zurück.

Wie Rinder oder Wasserbüffel werden Pferde für den Transport, aber vor allem auch als Reittier für die Bewachung der Schafherden genutzt, die wegen Ihrer Wolle und Ihres Fleisches gehalten werden. Diese kleinen Araberpferde erinnern daran, dass noch vor 200 Jahren nomadische Turkvölker aus den Steppen Zentralasiens (die zusammen mit anderen ethnischen Gruppen zu einem Bestanteil der aserischen Minderheit wurden) in diese Region gekommen waren, um sich dort anzusiedeln.

Knotenpunkt einer Subsistenzwirtschaft

Der Viehmarkt von Kabali, eines der wichtigsten Zentren für den Handel mit Pferden, Rindern oder Schafen, befindet sich zwischen zwei Dörfern und erscheint als eine riesige, ebene Fläche ohne genauer definierbare Infrastruktur, die sich entlang des Schwemmlandes des Flusses Kabali ausbreitet. Schnell verschlammt, sobald es regnet, gleicht er in erster Linie einem weitläufigen, verschwommen Platz, auf dem man jeden Sonntag versuchen kann, sein Vieh zu verkaufen.

Die Fahrzeuge (zumeist Ladas und Pferdewagen) sind mehr oder weniger an den Seiten geparkt, auf dem Platz selbst präsentieren die Männer ihr Vieh, verhandeln den Preis eines Pferdes zwischen 300 und 2000 Lari, je nach „Qualität“ des Tieres, seines Alters, seiner Größe und seiner Stärke. Rennen und Probefahrten mit Karren oder Pferden finden zwischen den Auslagen statt, um in Anbetracht langer Wartezeiten für Zeitvertreib zu sorgen, was aber manchmal auch zu Panik in der Menschenmenge führen kann.

Das gesamte Zubehör wie Sattel und Steigbügel, Karren oder Geschirr ist Handarbeit, gefertigt aus Holz, Leder oder Schafsfell. Während der Pferdemarkt nahezu ausschließlich Männer ansammelt, so ist der Markt für Haushaltswaren, Lebensmittel, Kleidung und andere Produkte, der notdürftig in Hallen auf der anderen Seite untergebracht ist, den Frauen und Familien vorbehalten. Dieser Markt, wie man ihn in dieser oder in ähnlicher Form überall im Kaukasus finden kann, ist gleichwohl der bedeutendste im Süden Kachetiens.

Ein Faktor der regionalen Integration?

Ebenso wie das religiöse Festival Alaverdoba, das im Norden Kachetiens, um die orthodoxe Kathedrale von Alaverdi herum veranstaltet wird und traditionell allen Konfessionen offen steht, ist auch der Markt von Kabali ein Treffpunkt für die Dörfer und ethnischen Gruppen dieser Region. In dieser ländlichen Gegend, in der die Landwirtschaft und in geringerem Maße auch die Weidewirtschaft nach wie vor wichtige Elemente der privaten Wirtschaft sind, stellt er einen wichtigen Punkt des regionalen Gleichgewichts dar, zu dem man von weit her anreist, um daran teilhaben zu können.

Kachetien zählt zu den Regionen in Georgien, die am meisten multiethnisch geprägt sind, gleichwohl gilt sie auch als eine der stabilsten Regionen des Landes mit den geringsten ethno-politischen Spannungen. Auch wenn dieses Phänomen an eine Vielzahl von Faktoren geknüpft ist, wie z.B. die Organisation der lokalen Führung, die Machtstrukturen, die Geschichte, geostrategische Überlegungen, so ist doch zweifelsohne augenscheinlich, dass sämtliche Gruppen dieser Region, von denen keine isoliert lebt und die alle Georgisch als gemeinsame Verkehrssprache benutzen, in einem besonderen sozio-ökonomischen System vereint leben, das sich genau auf dieses Zusammentreffen von Weinbau, Weidewirtschaft, Nomadentum und Sesshaftigkeit stützt.

„14 Völker leben in Lagodechi“, beschwört Batscho, der aufgrund seines Berufes von Haus zu Haus durch die gesamten Region zieht, in einem Trinkspruch. „Jeder braucht jeden und alle leben als gute Nachbarn in Frieden zusammen.“

Weit ab von Tbilissi und dem neuen Georgien ist der Markt von Kabali ein Überbleibsel jener Tage, in denen die Zeit nicht so schnell verging. Er ist ein Relikt, das die Sowjetunion nicht begraben hat und das – im Gegenteil – Georgien sobald nicht beerdigen wird. Die jüngsten sozio-ökonomischen Transformationen in Georgien betreffen nur die wenigen Bereiche, die die Bevölkerung der Hauptstadt berühren. Sie haben aber kaum Auswirkungen auf die „Ökosysteme“ der Provinz. In Ermangelung einer nachhaltigen wirtschaftlichen Revolution, die fähig wäre, eine nach wie vor tief im Landleben und in der Weidewirtschaft verankerte Gesellschaft komplett neu zu strukturieren, werden Märkte wie der von Kabali noch einige Sonntage Mikroregionen des Kaukasus beleben.

Siehe auch die Fotogalerie von Caucaz.com: Der Kabali-Viehmarkt

dimanche 10 janvier 2010

Noël et jour de l'an à Tbilissi


"Guilotsavt akhal tsels..."

Pour les fêtes 2009-2010, la mairie de Tbilissi a cette fois investi dans une grandiose décoration de style "opéra", avec lustres et lumières blanc diamant. L'avenue principale, Roustavéli, a été recouverte d'un tapis de petits lampions scintillants aspirant à l'élégance et au style grand siècle.

Si certains en sont fiers, d'autres reprochent à ces décorations de n'être destinées qu'aux "beaux quartiers", tandis que l'immense majorité de la ville est toujours aussi sombre.

D'autres encore spéculent sur leur coût (million de dollars?) et sur le fait qu'on eût pu investir cet argent autrement, par exemple dans la vieille ville de Tbilissi qui s'effondre littéralement. Enfin, certains disent qu'avant les élections municipales au printemps prochain, le Mouvement National au pouvoir veut mettre en mettre plein la vue...


Photos et texte : Nicolas Landru

jeudi 28 mai 2009

Table ronde à Nantes : Géorgie 8 mois après la guerre, état des lieux


Radiodiffusion de la table ronde du 13 mai 2009 à Nantes, dans le cadre du jumelage Nantes-Tbilissi. Dans cette discussion organisée par l'Université de Nantes et animée par Ulrich Huygevelde, les invités Isabelle Facon, Philippe Perchoc et Nicolas Landru reviennent sur les causes et les conséquences de la guerre d'aout 2008, font le bilan de la situation économique, géopolitique et politique en Géorgie au printemps 2009 et tentent d'établir les perspectives qui s'annoncent pour le pays.
Euradionantes diffuse cette discussione en ligne, en podcast :
http://www.euradionantes.eu/index.php?page=detailPodcast&id_podcast=2549&id_programme=27

mardi 19 mai 2009

Manifestations d’avril en Géorgie : ni révolution, ni évolution




Des opposants montent des tentes devant la résidence présidentielle à Tbilissi © RFE/RL

Par Nicolas LANDRU
Articles paru dans Caucaz.com le 17/04/09

Le 9 avril, jour de deuil national hautement symbolique en Géorgie, avait été annoncé par l’hétéroclite opposition politique comme point de départ d’une nouvelle course à la mobilisation populaire contre le régime du président Mikhaïl Saakachvili. Le but avoué d’une majorité de ces forces politiques était d’amener la rue à faire partir ce président qu’elle considère comme illégitime. Affaiblis par la perte des élections présidentielle et parlementaires de 2008, devenus muets pendant la guerre éclair d’août 2008 avec la Russie, les partis d’opposition ont tenu leur promesse et, depuis plus d’une semaine, investissent la rue. Mais le souffle battant de l’hiver 2007-2008 ne semble pas être au rendez-vous. Le gouvernement a changé de ton et prône le dialogue. Une stratégie qui ne convient guère à un mouvement qui parvient mal à remobiliser les foules à Tbilissi.



Depuis la sévère crise politique qui avait duré des manifestations de novembre 2007 aux élections parlementaires de juin 2008 perdues par l’opposition, les troubles internes qui avaient marqué la Géorgie avaient été relégués au second plan derrière l’urgence de la guerre d’août 2008 avec la Russie. Cette dernière avait marqué une pause dans les affrontements entre un bloc d’opposition précaire et le régime de Mikhaïl Saakachvili, tous les leaders de l’opposition ayant joué la carte de l’« unité nationale » derrière le président pendant le conflit.

Un difficile après-guerre pour l’opposition

La guerre a mal masqué le profond dysfonctionnement de l’équilibre majorité-opposition mis à mal par un perpétuel dialogue de sourds, l’utilisation de méthodes radicales et un contournement de la voie institutionnelle des deux côtés. Elle avait pourtant brusquement détourné l’attention publique, tant en Géorgie que pour le public international, d’une période dense en évènements aussi préoccupants que manifestations longues et massives, répression policière, état d’urgence, élection présidentielle anticipée, flous sur la légitimité des scrutins, instabilité et réversibilité des coalitions d’opposition.

Ce n’est que fin septembre 2008 que les leaders d’opposition avaient de nouveau élevé la voix, pointant cette fois la responsabilité du président Saakachvili dans l’avènement de la guerre et la victoire russe. Mais la vague de mécontentement populaire sur laquelle elle avait surfé s’est vite dissipée après le choc de la confrontation militaire. Une rupture dans la logique des partis anti-Saakachvili avait aussi été entamée : les thèmes de la falsification des élections et des violations des droits civiques par les autorités pendant les manifestations de novembre 2007 et les campagnes électorales, clés de voûte du discours de l’opposition avant-guerre, ont été quasiment abandonnés.

C’est que la guerre a été un traumatisme pour le pays. Outre le défi de l’urgence humanitaire face à la vague de réfugiés, ceux de la reconstruction des infrastructures détruites et d’une réorientation vis-à-vis d’une Abkhazie et d’une Ossétie du Sud désormais entièrement coupées de la Géorgie, ou ceux du constat d’une armée sévèrement atteinte et d’une Russie plus que jamais menaçante, doublés de la crise économique mondiale qui n’épargne pas la Géorgie, l’atmosphère politique s’est tendue d’un cran de plus.

L’opposition n’a que lentement reconstitué son discours contre le régime. La remise en place d’une alliance en bloc de ses divers composants a été difficile, tout comme la mise au point d’un nouvel agenda. Dans celui-ci, le mouvement contestataire espérait faire du 9 avril, jour de la commémoration de la répression des manifestations pacifiques de 1989 par l’armée rouge, le départ d’une nouvelle colère populaire à Tbilissi.

Une mobilisation peu endurante

Le 9 avril, après avoir célébré la mémoire des vingt victimes de la répression de 1989 aux côtés du président Saakachvili, les leaders de l’opposition avaient, d’après divers observateurs extérieurs, rassemblé quelque 50.000 personnes devant le Parlement géorgien pour réclamer la démission de Saakachvili. Ce chiffre représente environ la moitié des manifestations de janvier 2008 ayant fait suite à la réélection du président. Les contestataires déclaraient lancer un mouvement qui ne devrait prendre fin qu’avec la démission du président en place.

Le lendemain, alors que les leaders décidaient d’étendre les manifestations à différents endroits de la ville, dont le quartier d’Avlabari, autour de la résidence présidentielle, le nombre de manifestants avait décru sensiblement, certains observateurs parlant d'environ 25.000 personnes. Le 11 avril, la mobilisation s’essoufflait derechef, certains évoquant 4.000 à 6.000 personnes manifestant dans les rues de la capitale. Annonçant une pause pour le dimanche des rameaux orthodoxe, les leaders d’opposition parlaient pourtant d’une étendue du mouvement à l’ensemble de la Géorgie pour le lundi 13.

Alors que le mouvement se concentrait sur l’installation d’une trentaine de tentes autour de la résidence présidentielle, ainsi que sur un blocage de la station de télévision publique, occasionnant mardi soir la coupure d’un axe routier important, quelques centaines d’activistes font encore pression dans la rue à la veille du week-end de la pâque orthodoxe.
En contraste, les leaders parlent plus que jamais de lancer une campagne dans les provinces, généralement peu mobilisables, politiquement actives et électoralement acquises au régime en place. Après une hésitation face aux célébrations religieuses des 17 au 20 avril, les principaux leaders ont néanmoins déclaré vouloir poursuivre les manifestations à Tbilissi.

L’introuvable dialogue

Au cours de cette semaine de manifestation, une poignée d’incidents violents ont été dénoncés par l’opposition, notamment le 11 avril au soir, où selon eux une cinquantaine de personnes auraient attaqué les quartiers généraux des manifestants, détruisant notamment du matériel informatique. Le 14 avril, trois activistes de l’opposition auraient été battus par des hommes masqués en marge des campements autour de la résidence présidentielle.

Mais en dehors de ces débordements sujets à de vives controverses entre gouvernement et opposition, les autorités se sont pour l’instant contentées d’opter pour un encadrement policier des manifestations, sans donner de signes d’une escalade possible vers la répression physique. Le spectre du 7 novembre 2007, où les manifestations avaient été violemment dissoutes par les forces de l’ordre, est dans touts les esprits. Il laisse un grand point d’interrogation sur les possibles formes d’issue à ces évènements dont la rhétorique et la configuration, à l’exception, non des moindres, du nombre de manifestants, ne diffèrent guère de novembre 2007.

La suite des évènements est d’autant plus incertaine qu’aucune évolution n’est décelable dans les rapports entre opposition et gouvernement. Depuis une semaine, la même constellation qui prévaut depuis deux ans s’est une fois de plus affirmée. Le gouvernement a proposé comme compromis une mesure politique, le changement du mode d’élection du maire de Tbilissi, que l’opposition qualifie de dérisoire. L’opposition invite le président à un type de confrontation, un débat télévisé, que le gouvernement lui refuse. Le gouvernement appelle l’opposition au dialogue, mais cette dernière considère ce dernier inacceptable après l’emploi de la violence contre elle dans la soirée du 11 avril. Le gouvernement met à jour une tentative de complot orchestré par la Russie, par l’arrestation d’un « provocateur » russe, ouvrant sur une rhétorique de la trahison mettant à mal la légitimité de l’opposition politique. Laquelle se donne comme unique finalité le départ irrémédiable du président...

Ce cercle de l’absence du compromis et du dialogue, alimenté par des rhétoriques respectives qui se reposent à leur tour sur lui, s’est de nouveau installé dans la vie publique, dans les médias et dans la rue, entièrement au dehors des institutions démocratiques. Telle semble être la constante d’une relation entre gouvernement et opposition qui s’est mise en place dès la deuxième année ayant suivi la "révolution des Roses" et que pas même une guerre sur le territoire géorgien n’a enterré.

Autre question clé concernant l’issue du mouvement : les leaders d’opposition, anciens comme Levan Gatchétchiladze, David Gamkrelidze, et nouveaux tels qu’Irakli Alasania ou Nino Bourdjanadze, parviendront-t-ils encore à surmonter leurs profondes divergences ? Quoi qu’il en soit, il semble difficilement envisageable que ce mouvement d’avril puisse se montrer en mesure de répéter le scénario de la "révolution des Roses", sur lequel les leaders oppositionnels placent une fois de plus leurs espoirs. La majorité des Géorgiens semble ne pas être prêts à s’engager sur cette voie incertaine. Le pays ne s’est pas encore remis de la secousse d’août 2008, et la menace d’une nouvelle invasion russe reste pour l’instant le meilleur allié aux côtés du régime en place.

April demonstrations in Georgia: neither revolution nor evolution


Opposition members set up tents in front of the presidential residence in Tbilisi. © RFE/RL

By
Nicolas LANDRU, translated by Christian Larson
Published in Caucaz.com on May 16, 2009


Georgia’s political opposition announced April 9, a highly symbolic day of national mourning, as the starting point for a new round of popular mobilisation against President Mikhail Saakashvili’s regime. The avowed goal of a majority of these political forces was to rally in the streets in order to force out the president they consider illegitimate. Weakened by the loss of 2008’s presidential and parliamentary elections, and silent during the August 2008 war with Russia, the opposition parties kept their promise and have filled the streets for more than a week already. But the winds of change from the winter of 2007-2008 do not seem to be present. The government has changed its tone and appears to be leaning towards dialogue, a strategy that hardly suits the opposition movement which is experiencing difficulty in mobilising crowds in Tbilisi again.


During the severe political crisis which lasted from the November 2007 demonstrations to the June 2008 parliamentary elections which the opposition lost, the internal troubles which marked Georgia were relegated to the back burner due to the urgency of the August 2008 war with Russia. The later demarcated a pause in the clashes between a precarious opposition block and Mikhail Saakashvili’s regime, all opposition leaders having rallied in “national unity” behind the president during the conflict.

A difficult post-war situation for the opposition

The war poorly masked the seriously dysfunctional imbalance between the opposition and the majority, put into a bad state by both parties’ perpetually deaf dialogues, the use of radical methods and an about face on the road towards institutionalisation. The war did manage, however, to divert the public’s attention, as much in Georgia as in the rest of the world, from a period filled with preoccupying such as massive, long demonstrations, police repression, a state of emergency, an anticipated presidential election, questions about the legitimacy of the elections, instability and the reversibility of the opposition coalitions.

It wasn’t until the end of September 2008 that the opposition leaders raised their voices again, pointing this time at President Saakashvili’s responsibility for the advent of the war and Russia’s victory. But the wave of popular discontent on which the opposition surfed quickly dissipated following the shock of military confrontation. And the logic of the anti-Saakashvili parties was ruptured: the opposition nearly abandoned its electoral campaign demonstrations and its November 2007 themes of election falsification and civil rights violations by the authorities, key talking points in the pre-war opposition’s discourse.

It’s because the war was traumatic for the country. There are a number of consequent challenges: the humanitarian emergency stemming from the wave of refugees, the reconstruction of destroyed infrastructure and a reorientation towards an Abkhazia and South Ossetia now entirely cut off from Georgia. Combine that with the challenges of a severely battered army, a Russia that is more menacing that ever, and the fact that the global economic crisis has not spared Georgia, and the political environment is that much more tense.

The opposition has only slowly reconstituted its discourse against the regime. The recreation of an alliance composed of diverse members was difficult, as was the laying out of a new agenda. This new agenda hoped to make April 9, which commemorates the Red Army’s 1989 repression of peaceful protests, the starting point for a new popular anger in Tbilisi.

Short-lived mobilisation

After having stood by President Saakashvili’s side on April 9th to celebrate the memory of the 1989 repression’s twenty victims, according to numerous outside observers, opposition leaders assembled some 50,000 people in front of the Georgian parliament to call for Saakashvili’s resignation. This figure is approximately half the number of people who demonstrated in January 2008 following the president’s re-election. The demonstrators announced the launching of a movement which would end only with the resignation of the current president.

The next day, when the leaders decided to extend the demonstrations to different parts of the city, including near the presidential residence in the Avlabari neighbourhood, the number of demonstrators noticeably decreased. Some observers spoke of approximately 25,000 people. On April 11, mobilisation waned further, with some saying between 4,000 and 6,000 people were demonstrating in the streets of the capital. Despite announcing a break for the Orthodox Ram’s Sunday, opposition leaders spoke on the 13 of extending the movement throughout Georgia.

Although the movement focused on setting up some thirty tents around the presidential residence, as well as blockading the public television station and cutting off of an important road, several hundred activists continued to rally in the streets the weekend of Orthodox Easter.

In contrast, the leaders spoke more than ever of launching a campaign in the provinces, which are usually difficult to mobilize, not very politically active and tend to vote for the regime in power. After hesitating in the face of the April 17 and April 20 religious celebrations, the main leaders nonetheless declared their desire to continue the demonstrations in Tbilisi.

Elusive dialogue

During the week of demonstrations, the opposition denounced a handful of violent incidents, notably on the evening of April 11, when they say fifty people attacked the demonstrators’ headquarters, destroying mostly informational materials. On April 14, masked men beat three opposition activists on the edge of the camps around the presidential residence.

But apart from these outbursts between the government and the opposition, the authorities are content for the time to simply police the demonstrations. There are no indications as of yet of a possible escalation towards physical repression. The spectre of November 7, 2007, when demonstrators were violently disbanded by the security forces, is on everyone’s mind. The question lingers what changes these events may bring in terms of rhetoric and strategy; the number of demonstrators is hardly different from that of November 2007.

What comes next is all the more uncertain given that there has been no perceivable change in the relations between the opposition and the government. Over the past week now, the same group that has prevailed for two years has again reaffirmed itself. As a compromise the government has proposed changes to the electoral process for the mayor of Tbilissi, a political move which the opposition considers hollow. The opposition has invited the president to a confrontation of sorts, a televised debate, which the government has refused. The government has called for dialogue with the opposition, but the latter considers the offer to be unacceptable given April 11th’s se of violence. In arresting a Russian “provocateur”, the government claims to have revealed a plot orchestrated by Russia, using the rhetoric of treason to hurt the legitimacy of the political opposition. The story goes that the opposition insists on the Presidents’ definitive departure…

This vicious circle of no compromise or dialogue, fed by rhetoric that is turned back upon its promulgators, has reappeared in public life, in the media and in the streets, completely outside any democratic institutions. This appears to be the constant in government-opposition relations since the second year following the “Rose Revolution”. Not even a war on Georgian soil could alter the dynamic.

Another key question about the movement: Will the older opposition leaders such as Levan Gachechiladze and David Gamkrelidze manage to overcome their differences with the newer leaders such as Irakli Alasania and Nino Burdjanadze? Come what may, it is difficult to imagine that the April movement will manage to repeat the “Rose Revolution”, a scenario on which the opposition leaders are once again pinning their hopes. Most Georgians do not seem ready to head down that uncertain path. The country has not yet finished licking its wounds from August 2008, and the threat of a new Russian invasion seems for the time being to be the current regime’s best ally.

Aprildemonstrationen in Georgien: weder Revolution noch Evolution


Oppositionelle bauen Zelte vor der Residenz des Präsidenten in Tbilissi auf. © RFE/RL

Von Nicolas LANDRU, übersetzt von Jennifer EGGERT
Veröffentlicht in Caucaz.com am 21/04/2009

Der 9. April, der in Georgien hoch symbolbehaftete nationale Trauertag, war von der uneinheitlichen politischen Opposition als Ausgangspunkt für einen neuen Anlauf zur Mobilisierung der Bevölkerung gegen das Regime des Präsidenten Michail Saakaschwili angekündigt worden. Das erklärte Ziel eines Großteils dieser politischen Kräfte war es, die Menschen auf der Straße dazu zu bringen, den von der Opposition als illegitimen Amtsinhaber betrachteten Präsidenten abzusetzen. Die Oppositionsparteien, die durch die Niederlage während der Präsidentschafts- und Parlamentswahlen 2008 geschwächt wurden und während des Blitzkrieges gegen Russland im August 2008 stumm geblieben waren, haben nun ihr Versprechen doch gehalten und besetzen seit über einer Woche die Straßen. Doch von der kämpferischen Atmosphäre vom Winter 2007 / 2008 ist wenig zu verspüren. Die Regierung hat einen anderen Ton angeschlagen und predigt den Dialog. Eine Strategie, die der Protestbewegung, die die erneute Mobilisierung der Massen in Tbilissi bisher nicht erreicht, kaum entgegen kommt.



Seit der tiefen politischen Krise, die von den Demonstrationen im November 2007 bis zu den von der Opposition verlorenen Parlamentswahlen im Juni 2008 gedauert hatte, waren die internen Unruhen, von denen Georgien gezeichnet war, angesichts der Aktualität des Krieges mit Russland im August 2008 in den Hintergrund getreten. Der Krieg gegen Russland bedeutete eine Ruhepause zwischen den Auseinandersetzungen des uneinheitlichen Oppositionsbündnisses mit dem Regime Michail Saakaschwilis, da sich während des Konflikts alle Oppositionsführer als Anhänger der „nationalen Einheit“ hinter den Präsidenten stellten.

Schwierige Nachkriegszeit für die Opposition

Der Krieg verbarg nur schlecht die tiefgehende Störung des Gleichgewichts zwischen Mehrheit und Opposition, das zunichte gemacht wurde durch einen fortwährenden „Dialog der Gehörlosen“, den Gebrauch von radikalen Methoden und eine Umgehung des institutionellen Wegs von beiden Seiten. Dennoch wurde durch den Krieg die Aufmerksamkeit der georgischen und internationalen Öffentlichkeit abgelenkt von einer Zeit voller besorgniserregender Ereignisse wie den langen und massiven Demonstrationen, der Polizeirepression, dem Ausnahmezustand, der vorgezogenen Präsidentschaftswahl, Unregelmäßigkeiten bezüglich der Legitimität der Wahl sowie der Instabilität und des Wankelmuts der Oppositionskoalitionen.

Erst Ende September 2008 meldeten sich die Oppositionsführer erneut zu Worte und wiesen auf die Verantwortung Präsident Saakaschwilis am Ausbruch des Krieges und dem Sieg der russischen Armee hin. Doch die Welle der Unzufriedenheit der Bevölkerung, welche die Opposition zuvor mitgetragen hatte, löste sich nach dem Schock der militärischen Auseinandersetzung schnell auf. So kam es zu einem Bruch in der Logik der Anti-Saakaschwili-Parteien: Die Wahlfälschungen und die Verstöße gegen die Bürgerrechte durch die Behörden während der Demonstrationen im November 2007 und des Wahlkampfes, welche thematisch die Grundpfeiler der Argumentationslinie der Opposition vor dem Krieg dargestellt hatten, wurden quasi nicht mehr beachtet.

Der Krieg stellte ein Trauma für das Land dar. Das Land sah sich zunächst der Herausforderung der durch eine Welle von Flüchtlingen ausgelösten humanitären Notsituation gegenüber, dann dem Wiederaufbau der zerstörten Infrastruktur und dem Umdenken gegenüber Abchasien und Südossetien, die von nun an vollkommen von Georgien getrennt waren. Außerdem war man konfrontiert mit dem Zustand der Armee, die schwer Schaden genommen hatte und mit der Tatsache, dass Russland nun mehr als jemals zuvor eine Bedrohung darstellte, sowie mit der weltweiten Wirtschaftskrise, von der auch Georgien nicht verschont ist. So spannte sich die politische Atmosphäre noch weiter an.

Nur langsam baute die Opposition ihren Argumentationsstrang gegen das Regime wieder auf. Die Wiederherstellung eines einheitlichen Zusammenschlusses der verschiedenen Einzelgruppen war schwierig, genauso wie die Abstimmung auf eine neue Agenda. Entsprechend diesem Programm hoffte die Protestbewegung den 9. April, den Gedenktag an die Niederschlagung der friedlichen Demonstrationen durch die Rote Armee im Jahre 1989, zum Ausgangspunkt einer neuen Welle des Volkszorn in Tbilissi machen zu können.

Eine kaum andauernde Mobilisierung

Nachdem sie am 9. April an der Seite Präsident Saakaschwilis das Gedenken an die 20 Opfer der Repression 1989 begangen hatten, sammelten die Oppositionsführer laut mehreren unabhängigen Beobachtern um die 50.000 Menschen um sich, um vor dem georgischen Parlament die Abdankung Saakaschwilis zu fordern. Diese Zahl stellt ungefähr die Hälfte der Demonstranten vom Januar 2008 dar, die damals in Folge der Wiederwahl des Präsidenten protestiert hatten. Die Gegner des Präsidenten erklärten eine Bewegung anzustoßen, die erst mit dem Rücktritt des derzeitigen Präsidenten ein Ende nehmen sollte.

Am darauf folgenden Tag, als die Oppositionsführer entschieden, die Demonstrationen auf weitere Teile der Stadt auszuweiten, darunter auch das Viertel Avlabari im Umkreis der Präsidentenresidenz, war die Zahl der Demonstranten empfindlich gesunken. Nach Angaben von Beobachtern belief sich die Zahl auf 25.000. Am 11. April ging der Mobilisierung einmal mehr der Atem aus, als nach einigen Quellen nur mehr 4000 bis 6000 Personen in den Straßen der Hauptstadt demonstrierten. Während sie eine Pause für den orthodoxen Palmsonntag ankündigten, sprachen die Führer der Opposition doch gleichzeitig von einer Ausweitung der Bewegung auf Gesamtgeorgien für Montag, den 13. April.

Während die Bewegung sich auf den Aufbau von etwa 30 Zelten im Umkreis der Präsidentenresidenz und auf die Belagerung der öffentlichen Fernsehstation konzentrierte, was Dienstagabend zur Blockierung einer wichtigen Verkehrsachse führte, übten am Vorabend des orthodoxen Osterwochenendes noch einige hundert Aktivisten Druck auf der Straße aus. Im Kontrast dazu sprachen die Oppositionsführer mehr als zuvor davon, eine Kampagne in den Provinzen außerhalb der Hauptstadt, die allgemein nur schwer zu mobilisieren und politisch inaktiv sind und bei Wahlen zum derzeitigen Regime tendieren, lostreten zu wollen. Nach einigem Zögern angesichts der religiösen Feierlichkeiten zwischen dem 17. und 20. April erklärte die Spitze der politischen Opposition dennoch, die Demonstrationen in Tbilissi fortsetzen zu wollen.

Kein Dialog in Sicht

Im Laufe der von den Demonstrationen gezeichneten Woche wurde von der Opposition eine Handvoll gewalttätiger Zwischenfälle angeprangert, davon besonders der Abend des 11. April, an dem laut Oppositionsangaben von etwa 50 Personen die Hauptquartiere der Demonstranten angegriffen und Computerausstattung zerstört worden seien. Am 14. April seien drei oppositionelle Aktivisten von maskierten Männern am Rande der Zeltansammlung um die Präsidentenresidenz zusammengeschlagen worden.

Doch abgesehen von diesen Ausgleitungen, die Inhalt heftiger Kontroversen zwischen Regierung und Opposition wurden, begnügten sich die Behörden erst einmal damit, eine polizeiliche Einrahmung der Demonstrationen durchzuführen, ohne dabei Anzeichen für eine mögliche Eskalation in Richtung physischer Gewalt zu geben. Das Schreckgespenst des 7. Novembers 2007, an dem die Demonstrationen von den Ordnungskräften gewaltsam aufgelöst wurden, ist in aller Köpfe. Vor allem hinterlässt es ein großes Fragezeichen bezüglich des möglichen Ausgangs dieser Ereignisse, die in Rhetorik und Gestalt – bis auf die allerdings unbedeutende Zahl der Demonstranten – sich kaum von denen vom November 2007 unterscheiden.

Der Fortlauf der Ereignisse wird dadurch noch unsicherer, dass keine Fortschritte in der Beziehung zwischen Opposition und Regierung auszumachen sind. Seit einer Woche hat sich die gleiche Konstellation, die seit zwei Jahren vorherrscht, noch einmal klar abgezeichnet. Die Regierung schlug als Kompromiss eine politische Maßnahme vor, nämlich die Änderung des Ablaufs der Bürgermeisterwahl in Tbilissi, was die Opposition als lächerlich bezeichnet. Die Opposition fordert den Präsidenten zu einer Art Konfrontation, einer Fernsehdebatte auf, was jedoch die Regierung ablehnt. Die Regierung ruft die Opposition zum Dialog auf, den die Opposition nach den Gewaltanwendungen gegen sie vom 11. April als inakzeptabel ansieht. Die Regierung stellt das Ganze als einen durch Russland organisierten Komplottversuch dar, nimmt einen russischen „Provokateur“ fest und startet so eine um Verrat kreisende Argumentationslinie, die die Legitimität der politischen Opposition zunichte macht. Diese wiederum sieht den unumkehrlichen Abgang des Präsidenten als einzigen möglichen Ausgang der Geschehnisse…

Dieser Kreislauf des fehlenden Kompromisses und Dialogs, der noch gestärkt wird durch die jeweiligen Argumentationsweisen, die sich auf ihn stützen, ist von Neuem im öffentlichen Leben, in den Medien und auf der Straße eingekehrt, vollständig außerhalb der demokratischen Strukturen. Dies scheint die Konstante in den Beziehungen zwischen Regierung und Opposition zu sein, die sich seit dem zweiten Jahr nach der Rosenrevolution durchgesetzt hat und selbst durch einen Krieg auf georgischem Territorium nicht ad acta gelegt wurde.

Eine weiteres Schlüsselthema bezüglich des Ausgangs der Protestbewegung ist die Frage ob die Oppositionsführer, darunter alte wie Levan Gatschetschiladse oder David Gamkrelidse und neue wie Irakli Alasania oder Nino Bourdschanadse, es schaffen, ihre tiefen Unstimmigkeiten zu überwinden. Wie dem auch sein mag scheint es nur schwer denkbar, dass die Bewegung der Aprildemonstranten sich in der Lage zeigen wird, das Szenario der Rosenrevolution zu wiederholen, auf das die Oppositionsführer auch dieses Mal ihre Hoffnungen setzen. Der Großteil der Georgier scheint nicht bereit zu sein, sich auf diesen unsicheren Weg einzulassen. Das Land hat sich von der Erschütterung erholt, von der es im August 2008 getroffen wurde und die Bedrohung einer erneuten russischen Invasion bleibt im Moment der wichtigste Verbündete des derzeitigen Regimes.

vendredi 17 avril 2009

Le rôle des macroperspectives appliquées aux conflits de Géorgie



Par Nicolas Landru


La recherche occidentale et post-soviétique prenant comme objet les conflits séparatistes de Géorgie et qui forme une discipline spécialisée, la « conflictologie » (1), utilise principalement trois macroperspectives dont elle met souvent en avant l’intercorrélation. Selon ce courant d’analyse, la rencontre de phénomènes « conflictogènes » relevant de ces trois catégories serait la cause profonde de l’explosion des conflits séparatistes en Géorgie et dans le Caucase en général, ou en tous cas se superposerait à un terrain local préalablement porteur de conflit, pour lui conférer une dimension internationale.

Transition politique dans l’espace post-soviétique

Il s’agit premièrement de la « transitologie », qui se focalise sur les dynamismes de la transformation politique dans l’espace post-soviétique. Elle tend vers l’analyse, volontiers comparée, des différentes ex-régions soviétiques qui ont connu et connaissent encore un processus de transition du communisme vers la démocratie, parfois vers la dictature. Cette discipline a pour cadre l’espace post-soviétique, ce qu’il contient de spécifique et de commun à des régions fort éloignées (le Tadjikistan et la Lituanie par exemple). Elle permet aux différents phénomènes régionaux d’être mis en parallèle et comparés. Le phénomène politique observé est la transition, dans certains cas douloureuse, d’un système communiste vers un système de forme démocratique, impliquant un renouvellement ou une reconversion des élites. Il est souvent accompagné de l’apparition de nouvelles structures politico-territoriales, tels que les nouveau Etats indépendants (Géorgie, Azerbaïdjan, Kazakhstan…) ou bien, dans les cas conflictuels, les régions séparatistes (Abkhazie, Ossétie du Sud, Nagorno-Karabagh, Transnistrie, Tchétchénie). Un nouveau jeu de pouvoir s’est mis en place après l’effondrement de l’Union Soviétique. Les séparatismes, tout comme l’unitarisme des Etats concernés, se trouvent au cœur des nouvelles affiliations, rivalités et légitimités politiques.

On peut donc analyser la première phase des conflits séparatistes de Géorgie, de la fin des années 1980 à 1993, sous le prisme d’une transition de système et de reconversion des élites de la nomenklatura locale au pouvoir. L’Ossétie du Sud et l’Abkhazie étaient à l’époque soviétique deux entités territoriales dotées d’institutions autonomes, basées sur des critères ethniques. Ces critères ne reflétaient pas nécessairement la réalité démographique de l’entité autonome : en Abkhazie, les Abkhazes étaient de loin une minorité sur la population totale, moins nombreux même que d’autres minorités (les Arméniens par exemple). Pourtant, le parlement et les ministères de la République autonome étaient réservés aux Abkhazes ethniques. L’ethnie et la langue abkhazes constituaient par là même une plateforme idéale pour les ambitions politiques : dès les années 1970, promouvoir l’enseignement universitaire en Abkhaze, limiter la pression démographique des Géorgiens ou le centralisme de Tbilissi ont constitué des prototypes de combats politiques en mesure d’asseoir la légitimité des leaders abkhazes soviétiques, qui sont devenus avec la perestroïka (restructuration) de l’URSS des leaders indépendantistes (2). Tout comme la préservation de la langue géorgienne et l’indépendance vis-à-vis de Moscou ont représenté un corpus de revendications promues par une élite géorgienne indépendantiste qui allait gouverner un nouvel Etat. Dans la mouvance de la perestroïka initiée sous Mikhaïl Gorbatchev au milieux des années 1980, alors que la dislocation centrifuge de l’URSS était entamée et que l’idéologie communiste cessait de jouer un rôle unificateur, les leaders abakhzes allaient s’appuyer sur les institutions autonomes et les revendications politiques que celles-ci cautionnaient pour pérenniser leur pouvoir et empêcher le leadership de Tbilissi d’intervenir dans leur espace de coercition. En Abkhazie, la transition d’un système politique socialiste, centralisé et autoritaire, vers un ordre revendiquant la démocratie et le « principe de liberté des peuples à disposer d’eux-mêmes », allait se traduire par une reconversion des administrateurs locaux du système central en des dirigeants potentiels d’un Etat indépendant.

« Dès que le système central a commencé à se fracturer, la composante nationale à repris le dessus. Les élites nationales ont alors promu les idées nationalistes pour continuer d’affermir leur pouvoir local au détriment de Tbilissi. » (3)

Les cadres de l’administration soviétique allaient endosser la cause ethno-nationaliste pour devenir des leaders politiques selon le modèle des dirigeants des démocraties occidentales : président, premier ministre, ministre, etc. La République Soviétique Autonome se voulait un Etat indépendant, les cadres soviétiques des chefs d’Etat à l’occidentale.

En Ossétie du Sud, le même type d’analyse peut être fourni, à ceci près que les institutions d’un Territoire autonome étaient moins évoluées que celles d’une République autonome telle que l’Abkhazie. Elles avaient un profil politique, éducatif, culturel et linguistique sensiblement moins développé. La nomenklatura ossète, en grande partie composée de directeurs de kolkhozes, était moins préparée encore que celle d’Abkhazie à jouer un rôle de leadership politique d’envergure. Dans cette perspective, le pas du Territoire Autonome d’Ossétie du Sud vers une République souveraine était plus grand que dans le cas abkhaze.

Diamétralement opposée, la stratégie des leaders Géorgiens consistant à revendiquer l’existence d’un Etat géorgien indépendant sur la base du territoire de l’ancien territoire de la République Socialiste Soviétique de Géorgie est entrée en conflit avec les velléités des élites des institutions des entités autonomes. La question de la légalité engendrée par les statuts territoriaux soviétiques est à ce propos pertinente (voir ci-dessous), puisqu’elle pose la différence en termes de droit entre deux types d’indépendances qui ont en réalité les mêmes fondements de légitimité ethno-identitaires : celles des anciennes Républiques de l’Union, comme la Géorgie, et celles des anciens Républiques et Territoires Autonomes d’une République de l’Union (Abkhazie, Ossétie du Sud).

Dans la perspective des prismes offerts par une étude transitologique, la « guerre d’août 2008 » est un avatar tardif de ce processus de transition politique conflictuel, qui a vu une nouvelle démarche des dirigeants de Tbilissi pour asseoir leur domination sur un territoire revendiqué qui lui échappait encore, l’Ossétie du Sud. Après l’échec de cet politique, engendré par l’intervention de la Russie pour défendre le territoire séparatiste, ce processus a débouché sur une nouvelle affirmation politique des deux entités séparatistes, dont la reconnaissance officielle par la Russie constitue une nouvelle étape.

Une confrontation OTAN/Russie à travers les conflits de Géorgie : une prolongation de la guerre froide ?

Le 26 août 2008, après que la Russie ait reconnu l’indépendance de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud, le président de la Géorgie Mikhaïl Saakachvili déclarait :

“Now the restoration of Georgia’s territorial integrity and protection of Georgia’s independence is no longer a matter of only Georgia or a matter of Georgia-Russian relations; this is a matter of Russia and the rest of the civilized world.” (4)

Le président géorgien veut ici démontrer que le conflit a été « internationalisé » et que la Géorgie fait partie d’un camp. La deuxième macroperspective prise en compte en conflictologie caucasienne est la « géopolitique post-guerre froide », sous-tendue par un postulat : la concurrence entre le « camp OTAN » et la Russie s’est poursuivie au-delà de l’effondrement de l’URSS. Beaucoup de productions des médias internationaux et d’essais généralistes contemporains véhiculent cette vision (5). Les ex-Républiques soviétiques et ex-pays satellites de l’Union Soviétique seraient au cœur d’un affrontement qui consiste en une velléité américaine de gagner du terrain sur les « fiefs » russes et en une tentative de Moscou de défendre ses positions, voire de reconquérir son empire démantelé. Le cadre géographique de ce champ est à la fois mondial, puisqu’il décrit la querelle de superpuissances pour le contrôle d’une partie du monde, et régional, puisqu’il se concentre sur les zones d’achoppement entre les deux blocs géopolitiques. Cette zone aurait reculé en défaveur de la Russie et les points d’affrontements actuels (Géorgie, Ukraine, Kirghizistan) ne seraient pas de nature bien différente de ceux de l’époque de la guerre froide (Corée, Viêt-Nam, Afghanistan). Les phénomènes observés sont en particulier :

-l’expansion de l’OTAN (aux pays Baltes, candidatures de la Géorgie ou de l’Ukraine) ;

-le soutien américain, notamment militaire et financier, aux nouveaux Etats qui se sont affranchis de Moscou et s’opposent au moins partiellement à la Russie : Géorgie, Ukraine, Kirghizistan, Azerbaïdjan, Ouzbékistan, Moldavie… Comme le fait remarquer Silvia Serrano, la Géorgie était en 1999 et 2000 le troisième pays au monde bénéficiaire d’aide américaine par habitant ; les programmes de soutien financier ont été massifs (le Millenium Challenge Programme, composé de 295 millions de dollars), y compris pour lancer le financement des membres du gouvernement de la Révolution des Roses (6).

-les « révolutions colorées », changements de régimes provoqués par une révolution populaire qui s’est opposée aux anciennes élites soviétiques plus ou moins affiliées à Moscou pour les remplacer par une nouvelle équipe gouvernementale pro-occidentale et revendiquant la démocratie. Ces révolutions colorées, fortement soutenues voire provoquées par Washington, seraient partie intégrante d’une stratégie américaine de gain d’influence dans l’espace post-soviétique. Inspirées du modèle Serbe de 2000, il s’agit par ordre chronologique de la Révolution des Roses de Géorgie en 2003, qui a porté l’équipe de Mikhaïl Saakachvili au pouvoir, de la Révolution Orange en Ukraine (2004) et de la Révolution des Tulipes au Kirghizistan (2005). En Géorgie, la Révolution des Roses a ceci de spécial qu’elle a renversé un leader, Edouard Chévardnadzé, qui certes avait été un dirigeant soviétique, mais qui n’était pas pro-russe, loin de là. D’importants accrochages diplomatiques et conflits plus ou moins directs avaient eu lieu entre Moscou et Tbilissi sous le mandat de ce dernier, qui par ailleurs avait de bonnes relations avec les pays occidentaux, notamment l’Europe et l’Allemagne. Avant d’arriver au pouvoir, Mikhaïl Saakachvili prônait même une amélioration des relations avec le voisin russe, avant de mener une politique bien plus radicalement antirusse que Chévardnadzé. De même, Vladimir Poutine déclarait lors de l’élection de Saakachvili qu’il espérait que ce soit de bonne augure pour les relations russo-géorgiennes. Il serait donc simplificateur de voir en le « phénomène coloré » de Géorgie un choix initialement délibérément antirusse. En revanche, c’est tout un héritage soviétique, donc avant tout « d’importation russe » aux yeux des Géorgiens, que la Révolution des Roses se promettait de balayer : népotisme, corruption, clientélisme, opacité, léthargie sociale, clanicité, aussi un pragmatisme désidéologisé… Au profit d’un libéralisme démocratique volontariste, jeune (7), moderne, capitaliste et surtout très orienté vers un modèle spécifiquement américain.

En contrepartie, le soutien de la Russie aux conflits séparatistes de ces nouveaux Etats serait une carte dans les mains du Kremlin pour tenter d’entraver l’émancipation de ses anciennes « colonies » et de gêner l’adhésion de celles-ci au camp OTAN. Ce soutien aux conflits participeraient de la même politique extérieure russe que l’appui sur la minorité russophone en Ukraine : soutenir une population loyale envers Moscou ou en tous cas en porte-à-faux, pour des raisons ethniques, avec l’autorité centrale des pays concernés. Il s’agit donc de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud en Géorgie et de la Transnistrie en Moldavie. Dans une moindre mesure, l’Azerbaïdjan a également accusé Moscou d’avoir soutenu les Arméniens séparatistes du Nagorno-Karabakh pour paralyser l’indépendance Azérie.

Les problématiques liées aux relations russo-américaines se retrouveraient donc directement dans les conflits de Géorgie. Selon Thomas Balivet, « ce contexte est à envisager dans les grandes tendances qui existent depuis les deux évènements clés qui ont été l’élection de V. Poutine en Russie en mars 2000 et les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis » (8)

Il y aurait donc deux tendances résultant en une confrontation en Géorgie : en Russie, la reconstitution d’une Russie forte et décidée à réintégrer son territoire perdu lors du fiasco politico-économique de la fin des années 1980 et des années 1990 ; côté américain, une nouvelle tentative de sécuriser l’équilibre mondial, passant par un contrôle du Moyen-Orient et des périphéries de l’ex-URSS, dont la Géorgie est l’allié idéal.

Si cette configuration semble avoir été accélérée depuis la Révolution des Roses de 2003 et portée à son apogée lors de la « guerre d’août 2008 », l’armée russe étant intervenue militairement en Géorgie en défense des séparatistes sud-ossètes, Washington et l’OTAN ayant clairement pris diplomatiquement position pour Tbilissi et contre Moscou, il est en revanche loin d’être établi que cette constellation ait été côté russe le fruit d’une stratégie unanime et programmée. Les conflits du début des années 1990 ont été particulièrement embrouillés et l’attitude de la Russie à leur égard ambiguë. Alors que l’armée russe armait les rebelles abkhazes, Moscou portait officiellement son soutien à Edouard Chévardnadzé et à l’armée géorgienne. Aucune analyse ne saurait être unanime quant au rôle exact joué par Moscou dans les conflits des années 1990, ce rôle ayant pu en outre être divergeant selon les ministères (défense, intérieur, affaires étrangères), ou même les responsables (officiers de l’armée, ministres). Même lors de l’arrivée de M. Saakachvili au pouvoir, il semblait que les relations russo-géorgiennes aient été prêtes à repartir aux beaux fixes, sans que la Russie perçoive instantanément la Révolution des Roses comme une menace. Ce processus de « cristallisation » autour de deux camps post-guerre froide semble surtout s’être rapidement accéléré dans les 4 ans ayant précédé la « guerre d’août 2008 ».

La thèse d’une « guerre des hydrocarbures »

La troisième macroperspective fréquemment appliquée à l’analyse conflits séparatiste est une approche géostratégique qui met les enjeux économiques et surtout énergétiques au centre des politiques globales et locales. Les pays Occidentaux seraient avant tout intéressés par le contrôle de l’acheminement des hydrocarbures des zones de gisements vers leurs territoires et tenteraient de mettre le plus de cartes de leur côté pour un approvisionnement sécurisé et bon marché. Ainsi, le Caucase serait une zone de transit majeure entre les gisements de la Caspienne et la zone OTAN (Turquie) qui offrirait une alternative intéressante aux hydrocarbures russes dont l’achat implique une dépendance économique et politique à l’égard de la Russie. C’est ce que l’on appelle le développement des axes longitudinaux, au cœur du « Grand Echiquier » théorisé par Zbigniew Brzezinski (9). Ainsi, en Azerbaïdjan et en Géorgie, les Occidentaux tenteraient de s’aménager une zone protégée, ce que les Russes tenteraient d’empêcher pour s’assurer le monopole ou en tous cas une domination du marché via les pipelines qui passent par leur territoire.

Selon le géopolitologue François Thual,

« Cette bataille des oléoducs a pour conséquence de désenclaver géopolitiquement et géographiquement le Caucase, qui se voit proposer deux grandes radiales d’évacuation : l’une traditionnelle, favorable à la Russie et suivant un axe sud-nord ; l’autre, un axe est-ouest, qui représente le schéma américain et occidental. (10) »

L’oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan qui relie les champs pétroliers d’Azerbaïdjan au port turc de Ceyhan, a été construit par la British Petroleum et inauguré le 10 mai 2006. Il traverse la Géorgie d’est en ouest dans le sud du pays sur 260km, sur les hauteurs de la chaîne du Petit Caucase. Son parcours en Géorgie n’est pas directement mis en danger par les conflits séparatistes, dont les territoires se trouvent au nord du pays. La seule zone politiquement sensible qu’il traverse est la Djavakhétie, qui connaît des tensions en raison de revendications autonomistes d’une partie de la communauté arménienne qui l’habite en grande majorité.

En revanche, on a pu constater à plusieurs reprises lors de l’intervention militaire russe sur le territoire géorgien en août 2008 que sa mise en danger était un argument potentiel visant à amener les puissances occidentales à intervenir aux côtés de la Géorgie. Du moins l’on peut supposer que ce fut le calcul des autorités géorgiennes : à deux reprises, le ministère de l’Intérieur géorgien annonçait que l’oléoduc avait été touché par des bombardements russes, ce que démentait aussitôt British Petroleum. Sans rapport avec le conflit géorgien, le pipeline était dans le même temps incendié sur le territoire turc et subséquemment fermé pour un temps. Ce fait du hasard jette un flou supplémentaire sur la question du rôle que la peur occidentale d’un endommagement de l’oléoduc et les motivations politiques visant à sa protection ont réellement joué durant le conflit.

Quoiqu’il en soit, la thèse d’une « guerre des hydrocarbures », parfois mise en avant notamment dans les médias anglo-saxons, sous-tendue par approche pan-économiste où les acteurs et intérêts locaux seraient supplantés par des intérêts économiques globaux bien plus importants serait trop restreinte pour définir les tenants et les aboutissants des conflits de Géorgie. Ce prisme reflète néanmoins de réels intérêts pour lesquels les acteurs politiques internationaux sont certainement prêts à beaucoup investir. Avant tout, il représente en Géorgie l’un des atouts vis-à-vis des Européens et des Américains dont le leadership géorgien est conscient et qu’il sait exploiter pour accroître l’importance de son pays aux yeux de ses alliés, tantôts européens, tantôt américains (11). L’emphase d’une identité européenne et chrétienne (12), d’une authentique culture démocratique, d’une lutte contre l’héritage soviétique ou bien contre le terrorisme islamiste (13) relève de la même stratégie. Mais pris de manière isolée, une telle approche tend largement à décontextualiser le cadre géographique, politique et social dans lequel se situent ces enjeux énergétiques, à occulter le jeu complexe du pouvoir politique, tant local que global, ainsi que l’importance des motivations ethno-identitaires et à réduire les manœuvres politiques à des enjeux économiques.

Portée et conséquences du prisme des macroperspectives

Très majoritairement, les journalistes, analystes, experts régionaux, spécialistes des conflits ou de disciplines des sciences humaines (sciences politiques, sociologie, relations internationales, géopolitique), voire responsables politiques occidentaux cherchant à expliquer la genèse de la guerre d’août 2008 et des conflits séparatistes de Géorgie en général ont jusqu’à présent opté pour des approches s’appuyant sur une macroperspective issue d’une de ces catégories. En revanche, ils ont largement laissé pour compte des analyses plus « localistes », « autochtonistes », basées sur une observation du jeux des acteurs politiques, économiques et sociaux locaux, de leurs stratégies et appropriations de la situation de conflit. Encore, l’étude des structures de construction des identités collectives et de leur interrelation avec les comportements et décisions des nombreux protagonistes locaux est jusqu’à présent loin d’avoir été privilégiée. Enfin, la vision du « grand échiquier » tend également à occulter la part de « l’incontrôlable », de l’ « imprévisible » et du « réversible » dans la genèse du mécanisme de conflit à l’œuvre en Ossétie du Sud ou en Abkhazie.

Cette consistance du discours analytique répandu dans les pays Occidentaux a naturellement une insistance sur les dynamiques des conflits et des démarches entreprises pour leur résolution : les acteurs politiques locaux justifient leurs décisions et optent pour certaines stratégies aussi en fonction des réactions internationales : ils se servent également de ces macroperspectives pour affiner l’image du conflit qu’ils cherchent à diffuser auprès de la communauté internationale. Celle-ci prend à son tour des décisions concernant les conflits fondées sur certaines visions développées par l’expertise s’appuyant sur ces macroperspectives.

Notes

(1)L’utilisation du terme « conflictologie » a été déplacée du champ sociologique vers le champ géopolitique dans les années 1990 pour désigner un domaine particulier des sciences politiques doté d’un corpus théorique spécifique, visant à formuler une analyse performante des différents conflits séparatistes du monde post-communiste (Caucase, Asie Centrale, Moldavie, Balkans) qui avaient des origines communes ou des parallélismes flagrants. Cf. les travaux de Valery Tishkov, par exemple Ethnic Conflicts in the Former USSR : the Use and Misuse of Typologies and Data, Tishkov Journal and Peace Research, vol. 36, n.5 (1999), p.571-591
(2)Thomas Balivet, Géopolitique… , p. 90
(3)Thomas Balivet, Géopolitique de la Géorgie, Souveraineté et Contrôle des Territoires, L’Harmattan, Paris 2005, p. 90
(4)« A présent, la restauration de l’intégrité territoriale de la Géorgie et la protection de l’indépendance de la Géorgie n’est plus l’affaire de la simple Géorgie ou l’affaire des relations Géorgie-Russie ; c’est l’affaire de la Russie et du reste du monde civilisé. » Traduction de l’auteur. Source : http://www.president.gov.ge/?l=E&m=0&sm=3&st=30 , 26 août 2008, The President of Georgia Mikheil Saakashvili’s statement (site visité le 10/10/2008)
(5)En témoigne par exemple le livre de Gaïdz Minassian, Caucase du Sud, la nouvelle guerre froide – Arménie, Azerbaïdjan, Géorgie, Editions autrement, Paris 2007
(6)Silvia Serrano, Géorgie, Sortie d’Empire, CNRS Editions, Paris 2007, p.251
(7)La moyenne d’âge de l’équipe des cadres issus de la Révolution des Roses est l’une des plus jeunes au monde. Mikhaïl Saakachvili a été élu président à l’âge de 37 ans, il est plus âgé que les membres de son gouvernement.
(8)Thomas Balivet, Géopolitique de la Géorgie, Souveraineté et Contrôle des Territoires, L’Harmattan 2005, Paris, p. 101
(9)Silvia Serrano, Géorgie, Sortie d’Empire, CNRS Editions, Paris 2007, p. 252
(10)François Thual, Le Caucase, Arménie, Azerbaïdjan, Daghestan, Géorgie, Tchétchénie, Dominos Flammarion 2001, p. 63
(11)Cf. Silvia Serrano, Géorgie, Sortie d’Empire, CNRS Editions, Paris 2007, p.236-238
(12)Idem, p. 238
(13)Idem, p. 256/257