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lundi 31 mai 2010

Tbilissi : Guigui Ougoulava, victoire d’un maire présidentiable


Article paru dans Caucaz.com le 31/05/2010

Par
Nicolas LANDRU

En Géorgie, les élections municipales, scrutin décisif de l’année 2010, ont reconduit sans surprise le candidat sortant du Mouvement National au pouvoir, Guigui Ougoulava, à la mairie de Tbilissi. Meneur d’une campagne qui a démontré une maîtrise impeccable des médias, ce politicien de 35 ans, l’un des plus jeunes maires au monde d’une capitale, est l’homme montant de ce pays du Caucase. Alors que le président Mikheïl Saakachvili voit sa popularité éreintée après six ans de pouvoir et que son dernier mandat légal prendra fin en 2013, le maire de Tbilissi affiche le profil propre, jeune et dynamique d’un parfait présidentiable.

L’un des logisticiens du mouvement de jeunesse Kmara ! (assez !) qui fut un acteur clé de la révolution des roses, Ougoulava s’est rapidement retrouvé haut placé parmi les nouvelles élites qui ont pris les reines du pouvoir à partir de 2004. Désigné maire de Tbilissi en 2005, puis élu à ce poste en 2006, il est depuis l’une des figures majeures du parti du président Mikheïl Saakachvili, le Mouvement National.

Guigui Ougoulava a été réélu pour un second mandat de quatre ans le 30 mars, par le premier scrutin au suffrage universel pour une élection municipale en Géorgie. Ce poste, a fortiori avec la légitimité tirée du suffrage universel, est un tremplin idéal dans le système politique géorgien très centralisé sur Tbilissi. L’immense majorité de la vie politique du pays se produit dans la capitale qui concentre environ un tiers des habitants ; la politique municipale y a pour ainsi dire une importance nationale. C’est d’ailleurs cette position – alors intitulée « président du conseil régional (Sakréboulo) de Tbilissi » – qu’occupait Saakachvili à partir de juin 2002, jusqu’à sa candidature à la présidence, victorieuse grâce à la révolution des roses. Autant dire qu’elle est stratégique et symbolique.

Un maire discret mais couronné de succès

L’arrivée d’Ougoulava à la tête de la municipalité a coïncidé avec un remaniement en profondeur des infrastructures de la ville. La liste est longue pour une cité qui était épuisée : développement fulgurant de l’économie, floraison des commerces et des bureaux, réparation des routes, introduction d’un système de transports publics officiel et fiable, réhabilitation de l’approvisionnement en gaz et en électricité… encore : boom immobilier, rénovation des façades d’avenues prestigieuses (Roustavéli, Tchavtchavadzé), reprise en main de bâtiments d’apparat et nouvelles constructions, réduction considérable de la criminalité de rue. En somme, le visage d’un Tbilissi sévèrement touché par les cataclysmes des années 1990 s’est radicalement retourné vers la lumière.

Sorte de vitrine du réformisme du pouvoir révolutionnaire, le Tbilissi d’Ougoulava expose indéniablement les points forts du régime : création d’une nouvelle dynamique économique, modernisation (au moins en façade) des infrastructures, lutte contre la corruption et la criminalité. Rapidement pourtant, le président Saakachvili et son équipe gouvernementale se sont trouvés confrontés au tourbillon du mécontentement populaire de la capitale, aux prises avec les questions des libertés, de l’autoritarisme, de la démocratisation, des régimes séparatistes, puis de la guerre. Mais le maire de Tbilissi, lui, a construit son image sur les réussites du système, sans pour autant s’associer aux points sensibles qui minent en profondeur le système Saakachvili et sauraient être en mesure de provoquer son effondrement.

Ainsi, Ogoulava a joué depuis quatre ans le rôle confortable de « double du pouvoir » sur le terrain de la capitale, sans avoir à assumer les responsabilités des dirigeants nationaux. Si dans une première période, le maire de Tbilissi a pu sembler être une figure de paille de Saakachvili, sans grand charisme ni dimension individuelle, la différenciation des images semble aujourd’hui porter ses fruits pour le jeune disciple. Pendant la période d’intenses troubles intérieurs, de fin 2007 à mi-2009, l’opposition a rarement jeté son anathème sur sa personne, alors qu’elle fustigeait le président, mais aussi ministres et députés tels que Vano Mérabichvili, Guigua Bokéria ou Kakha Bendoukidzé.

Une campagne « parfaite »

Depuis l’automne 2009, Ougoulava a entamé une campagne sans précédent dans l’histoire politique géorgienne. Parfaitement relayé par les médias (pour la plupart pro-gouvernementaux), profitant de l’essoufflement du mouvement d’opposition et du manque d’initiative de ses leaders, Ougoulava a paru combler le vide laissé par l’impopularité sous-jacente du président, quasiment sur toutes les lèvres, que les opposants n’ont pas pu ou su détourner à leur profit.

Soutenu par la machine financière et infrastructurelle du parti au pouvoir, Ougoulava a multiplié les apparitions développant l’image d’un « gendre idéal », propre sur lui, modeste, travailleur, porté vers le succès économique et surtout mesuré, jouant ainsi parfaitement du contrepoint avec l’impulsivité et la démesure de son président.

Il a lancé à grands bruits un clinquant programme d’aménagement urbain à grande échelle, lequel prévoit un large remaniement des infrastructures de la capitale, doublé d’un boom d’activités et d’investissements. En son centre, une formule rusée : la Nouvelle Vie du Vieux Tbilissi, qui donne une façade de sauvetage de la vieille ville alors qu’elle consiste purement en une vente de celles-ci aux promoteurs immobiliers et compagnies de constructions – détenues en grande partie par Ougoulava lui-même ou par sa famille.

Les moyens de communication n’ont pas été laissés de côté : ces derniers mois, le maire était de toutes les parties à la télévision ou dans les journaux. Sa série de films et photos le montrant exerçant divers métiers aux côtés des gens du peuple, habillé en boulanger, en maçon ou en restaurateur, ont figé de lui une image à la fois moderne, positiviste et rassurante, loin de la rhétorique guerrière du président.

Héritier ou concurrent ?

Les résultats, qui le donnent à 54% vainqueur le 31 mai au matin, sont les premiers depuis 2007 à ne pas être entourés d’accusations de fraudes massives. Ils démontrent l’avantage qu’a pris le maire sortant, à la fois en se démarquant du style Saakachvili – tout en utilisant le succès du système économique établi par son régime – et en se montrant en professionnel de la communication politique muni d’un programme concret, face à une opposition désunie et productrice de discours vagues et polémiques. Si au soir de la victoire, Saakachvili a essayé de tirer la couverture à lui en affirmant que c’est à lui qu’elle est adressée, il semble indéniable que l’élection concerne avant tout la personne d’Ougoulava, portée par sa campagne.

En vérité, les bruits courent dans les couloirs ministériels que, malgré les déclarations officielles, les relations sont houleuses au sein du leadership. Confronté à de plus en plus de difficultés, le président Saakachvili ne serait plus l’unique carte à jouer pour les « hommes forts » du régime. Il semble évident que les « piliers du pouvoir », parmi lesquels on pointe souvent le ministre de l’intérieur Vano Mérabichvili, ont misé sur Ougoulava pour la succession présidentielle en 2013. Cela signifie-t-il une mise sur la touche définitive du fougueux président ? Celui-ci prend-il ombrage à la montée imparable de son disciple ? Est-il prêt à réellement quitter le pouvoir en ne se représentant pas une troisième fois à la présidence (procédure interdite, jusqu’à nouvel ordre, par la législation nationale) ?

Une nouvelle phase de la vie politique géorgienne a été ouverte avec la réélection « en beauté » du très présentable Guigui Ougoulava. L’opposition, qui s’est essoufflée depuis l’automne 2007 en organisant des manifestations sans fin qui n’ont finalement abouti à aucun changement, n’apparaît plus être la seule alternative à Mikheïl Saakachvili. Celui-ci a pour l’instant payé de sa personne le mécontentement populaire. En présentant la carte Ougoulava à la présidentielle, le système en place pourrait cependant se pérenniser tout en présentant un semblant de changement. Par une victoire issue d’une campagne puissante, Guigui Ougoulava a attiré sur lui l’attention des partenaires occidentaux et mis dans les esprits géorgiens qu’une alternative pourrait venir de l’intérieur du pouvoir.

Nicolas Landru

mardi 4 mai 2010

Georgian Movie "Street Days" (Kuchis Dqeebi) Wins at Go East Wiesbaden Festival in Germany




What is probably the best Georgian movie of the last years has been wining the prize of the "Best Film" in Germany, at the Wiesbaden Go East festival, on april 27th.

Street Days (Kuchis Dqeebi) is the first long feature movie by director Levan Koghuashvili, but it is already a masterpiece, now a recognized one.

On the hard issue of drugs in Georgia's capital Tbilisi, Koghuashvili found a tune which avoids Kitsch, melodrama and empty social realism. The picture of characters involved in the drug-selling and drug-consuming society (which concerns quite a few boys and men in Tbilisi) is realistic but lively, without exageration, treated with poetry and even humour.



The esthetic choices are rigorous and meticulous, with minimalistic takes, often low, close to the ground and thus offering an unusual perspective on streets, which portraits without falling into stereotypes the crumbling, collapsing old town of Tbilisi. A fine photography serves the sujet to its best.

Close entanglement of social relations in Georgia's urban society, poverty, mafia and nepotism are background issues for the plot, but they do not overshadow the personnal stories of the characters. The film avoids thus being suggestive, obviously constructed or purely didactic, which is the risk while dealing with such a topic.



The Go East festival of Wiesbaden, Germany, which has a focus on Eastern European cinema, is the first international consecration for that movie which gives new hopes for a Georgian cinema-scape fallen in a certain apathy since the collapse of the USSR, due mainly to poor means of production and decay of education infrastructures.

If one excepts the films of Gela Babluani, released and produced in France, Koghuashvili's first feature movie fills the gap let by the death of Levan Zakareishvili, director of "Tbilisi-Tbilisi". It promises a new breathe in that country which detains a powerful cinema heritage.

Nicolas Landru
All pictures are taken from the movie's website :
Street Days(http://streetdays.ge/)
Go East (http://www.filmfestival-goeast.de/index.php?article_id=2&clang=1)

vendredi 9 avril 2010

21ème comémoration du massacre du 9 avril 1989 à Tbilissi


Il y a 21 ans, l'armée soviétique tirait sur les manifestants Géorgiens réclamant l'indépendance, sur l'Avenue Roustavéli en plein centre de Tbilissi.

Depuis l'indépendance du pays, cette date, fête nationale est symbole de la liberté géorgienne. Chaque année, nombreux sont ceux qui viennent se recueillir devant le parlement sur l'Avenue Roustavéli, là où eut lieu le massacre.

Ils viennent brûler un cierge en mémoire des disparus.
Les plus grandes figures politiques du pays s'y rendent, à partir du 8 avril au soir, jusqu'à l'heure du massacre, 4 heures du matin, puis toute la journée.

Ci-dessus une jeune membre du parti Républicain, et dans la séquence ci-dessous, Guiorgui Gamsakhourdia, fils du premier président du pays, figure de l'indépendance, Zviad.





Photo et vidéo : Nicolas Landru

mercredi 31 mars 2010

Mestia, Svanétie











Mestia, Svanétie

Photos : Nicolas Landru

lundi 15 mars 2010

Imedi TV : Les Russes envahissent la Géorgie, Saakachvili assassiné - un canular qui fait rire jaune

Article paru dans caucaz.com le 15/03/2010

Par
Nicolas LANDRU à Tbilissi















Tbilissi, 20h. Bien des Géorgiens auront eu des sueurs froides ce samedi 13 mars 2010, s’ils n’ont pas allumé leur télévision suffisamment à l’avance. Le journal du soir de la chaîne de télévision Imedi (Espoir) a pendant ½ heure été remplacé par un faux journal annonçant une nouvelle invasion russe, le bombardement de grandes villes du pays, et pour finir, l’assassinat du président Mikheïl Saakachvili. Bilan : mouvements de paniques, réseaux de téléphonie saturés, pillage d’une station service à Gori… Des critiques nationales et internationales, et un électrochoc pour l’opposition politique tirée de son hibernation et contrainte d’inaugurer plus tôt que prévu sa nouvelle saison de contestation.


Ce canular d’une télévision pro-gouvernementale est un nouvel et étrange avatar de la vie médiatique et politique de ce pays du Caucase habitué à des coups de théâtre répétés depuis plus de deux ans. La population, encore marquée par la guerre d’août 2008, a réagi à vif. Alors que les autorités ont une réaction ambiguë vis-à-vis de l’affaire, les diplomates occidentaux blâment la chaîne, qui a présenté ses excuses à chaud mais fermement réaffirmé son intention et défendu son faux journal par la suite.

« Comment les évènements peuvent se développer si la société ne se consolide pas contre les plans de la Russie »



Ainsi annoncé par la présentatrice Natia Koberidzé, le sens de la diffusion d’une version falsifiée du journal de 20h « Kronika » est clair : si les Géorgiens ne se rassemblent pas autour du gouvernement, les Russes s’empareront du pays. Le faux journal vient expliciter cette annonce pleine d’allusions : on y parle de deux leaders de l’opposition, Nino Bourdjanadzé et Zourab Noghaïdéli (qui ont récemment effectué une visite au Kremlin), conduisant des manifestations après la victoire du pouvoir en place à la mairie de Tbilissi. Les Russes se servent des troubles provoqués pour envahir la Géorgie et, finalement, venir tuer le président.

L’argument de la cohésion nationale est un élément central de la rhétorique anti-opposition développée par le régime en place depuis la vague de turbulences partie à l’automne 2007. Il a permis à Mikheïl Saakachvili de mettre fin aux manifestations le 7 novembre en instaurant l’Etat d’urgence puis, à plusieurs reprises, de mettre en difficulté ses opposants. La guerre d’août 2008 ayant matérialisé le danger invoqué, l’opposition s’était rangée derrière le président pendant le conflit, puis s’était tue avant de remettre sur pied ses attaques au printemps 2009, pour une lourde saison de contestation. Les élections pour la mairie de Tbilissi qui doivent se tenir en mai-juin 2010 pourraient bien voir une nouvelle vague d’interminables manifestations paralyser les rues de Tbilissi. En soi, le faux journal est donc un point sur les « i » avant même que l’opposition, quasi absente pendant l’hiver, n’ait pu faire sa rentrée.

Le porte-parole du gouvernement s’est rendu au siège d’Imedi peu après la diffusion du faux journal, afin d’émettre une critique officielle de cette action, prévisiblement impopulaire, et plusieurs membres de la majorité présidentielle ont fermement condamné l’évènement. Mais la réaction personnelle du président Saakachvili, le dimanche 14 mars, est plus ambiguë. Loin de commenter la forme de l’évènement et après avoir brièvement critiqué Imedi pour ne pas avoir fait défiler de légende signalant qu’il s’agissait d’un faux, le président géorgien s’est surtout appesanti sur le fait qu’il trouvait ce scénario « proche au maximum de la réalité ».

« L’ennemi de la Géorgie a commencé à montrer un très mauvais film pour la Géorgie en août 2008, mais nous avons arrêté ce film, bien que nous sachions que le réalisateur continue d’écrire le script du scénario, qui est proche de ce que nous avons vu hier », déclarait-il, interrogé sur l’évènement. Manière de soutenir le projet même d’un journal-pronostic fictif et apocalyptique. En allant jusqu’à vanter l’adéquation du canular avec la réalité en ce qui concerne l’opposante Nino Bourdjanadzé, pointant qu’elle est allée rencontrer Poutine à Moscou et martelant que par cet acte elle prouve qu’elle n’a « aucune dignité », le président géorgien ne cherche absolument pas à éloigner le soupçon selon lequel la diffusion du faux journal émane de plus haut, dans le gouvernement.

« La situation est trop tragique pour un canular »

Guiorgui, activiste de la société civile ayant pris part à la manifestation spontanée et nocturne lancée contre la chaîne de télévision, connaît le canular diffusé par la télévision belge RTBF le 13 décembre 2006, qui annonçait la désintégration de l’Etat belge. Formule identique, ont peut même parler d’une copie exacte : ½ heure de faux journal où seuls des détails très pointus peuvent laisser comprendre la supercherie (ici, une succincte évocation de dates en juin 2010 et de la tenue d’élections municipales) ; le tout dans le format d’une édition spéciale, suivie d’un débat. Un sujet brûlant et un scénario extrême mais vraisemblable sont à la clé d’une formule à laquelle le téléspectateur non averti croira presque à coup sûr. Mais pour Guiorgui, la similarité s’arrête là. « En Belgique, il n’y a pas eu mort d’homme. Il n’y a pas eu de guerre un an et demi plus tôt, et on n’annonçait pas à la population qu’elle risquait les pires horreurs ».

La réaction paniquée d’un grand nombre de personnes à travers tout le pays indique une nervosité parmi la population, qui, il y a moins de deux ans, vivait une invasion étrangère. Pendant l’émission, le réseau téléphonique était saturé, les gens prenant l’émission en cours tentant de s’informer. A Tbilissi, un grand nombre de téléspectateurs interviewés à chaud indiquent avoir cru à la réalité du journal, et en avoir informé des personnes qui ne regardaient pas cette chaîne, qui à leur tour y ont cru l’espace de 20 minutes. Dans les villes indiquées dans le faux journal comme étant visées par d’imminents bombardements, comme Poti et Sénaki en Mingrélie, il y a eu des ébauches chaotiques de fuite. A Gori, ville ultrasensible ayant connu au plus près la guerre de 2008, la population est restée en alerte toute la nuit ; un groupe d’hommes a attaqué une station service pour prendre de l’essence et pouvoir ensuite s’enfuir. On signale que les appels d’ambulance ont été anormalement élevés cette nuit-là, et l’on a même recensé des cas de réservistes appelés à la guerre par leurs officiers qui regardaient Imedi.

Même si à 20h30, tout le monde ou presque découvrait la vérité, la population géorgienne a eu une sévère piqûre de rappel. La condamnation sans appel de l’acte par les diplomates de Tbilissi, à commencer par l’ambassadeur des Etats-Unis John Bass qui le qualifie d’«irresponsable », ainsi que la réaction concernée des médias du monde entier, renforcent la réception perplexe et indignée de l’émission par une partie visible de la population géorgienne, du moins à Tbilissi. A titre indicatif, plusieurs groupes se sont formés sur facebook pour condamner l’émission, atteignant les 5000 membres avant même la fin de celle-ci samedi 13 mars.



Un réveil prématuré de l’opposition

Dans la foulée, l’opposition politique géorgienne, notamment les leaders visés dans le faux journal, organisaient une manifestation spontanée. Aux côtés d’organisations de la société civile et de groupes de citoyens anonymes en colère, des figures majeures de l’opposition se rassemblaient devant le siège d’Imedi à Dighomi. Quelques invités sortant de l’émission ont été injuriés et aspergés, mais en dehors de cela et de quelques slogans scandés, les différents partis d’opposition paraissaient relativement peu organisés et ne décidaient pas d’entreprendre une action plus insistante. Ils décidaient néanmoins d’organiser un meeting public pour le lendemain, inaugurant ainsi la première manifestation de l’année, et précédant leur agenda d’action fixé en fonction des élections municipales de mai-juin.

Après un printemps de manifestations continues qui avaient paralysé la capitale en 2009, puis un estompement du mouvement à l’orée de l’été, le choc des familles ne s’est pourtant pas transformé en un suivi massif et spontané de la colère politique de l’opposition. La manifestation nocturne et celle du lendemain n’attiraient guère plus que 200 à 300 participants. Malgré le choc, et peut-être en parti grâce à un effet réussi de peur, la fureur populaire est loin.



La question du pourquoi reste bien ouverte. La diffusion du canular visait-elle aussi en partie à prendre l’opposition de cours ? Le mouvement de panique était-il voulu ? Dans quel but ?

Imedi TV, un étrange destin

La question la plus terre-à-terre reste la suivante : pourquoi précisément la chaîne Imedi s’est-elle lancée dans cette aventure controversée et risquant la survie même du groupe médiatique ? Un mouvement citoyen a déjà annoncé vouloir traîner l’affaire devant la justice. Dans le faux journal, l’utilisation et la falsification outrancières de paroles de personnes existantes et d’importance (Barack Obama, Eric Fournier, l’ambassadeur français, les chefs d’Etat baltes et polonais, tous intervenant pour appeler à sauver la Géorgie) seraient suffisantes pour faire crouler le groupe sous les procès pour diffamation.



A présent, Imedi est dirigée par un proche du président Saakachvili, Guiorgui Arveladzé. Mais elle se distingue des chaînes publiques et de celles qui sont clairement et ouvertement les alliés du pouvoir comme Roustavi 2. Pendant un temps le média principal de l’opposition, propriété du sulfureux oligarque Badri Patarkatsichvili, opposant personnel à Saakachvili, la télévision avait été fermée à la suite des manifestations du 7 novembre 2007. Après la mort étonnante de Patarkatsichvili en pleine campagne présidentielle à laquelle ce dernier participait, la question de sa propriété, avec l’achat d’une part majeure d’actions par un certain Joseph Kay, que l’opposition accuse d’être un agent du gouvernement, a été une question opaque. Quoiqu’il en soit, Imedi est depuis devenu une autre voix du pouvoir.

Des rumeurs veulent qu’un procès ait été en perspective, pour redonner des parts d’Imedi à l’héritière légale de Patarkatsichvili, sa veuve Inna Goudavadzé. Auquel cas une action suicidaire aurait été une manière comme une autre de faire fermer cette télévision depuis trop longtemps encombrante. Ce qui est certain, c’est qu’Imedi est pro-gouvernementale, mais ne représente pas officiellement ni symboliquement la voix du pouvoir. Ce qui a son sens pour un acte ouvertement outrancier, moralement condamnable, mais possédant un contenu on ne peut plus dans la ligne de la propagande gouvernementale.

« Il ne manquait plus que ça, une fausse invasion russe », ironise enfin Guiorgui. Pour la population d’un pays sous haute tension internationale depuis deux décennies, et particulièrement ces dernières années, la soirée de samedi a été un faux mais violent rappel indiquant que la stabilité est encore un rêve qui paraît bien lointain en Géorgie, même lorsqu’en réalité il ne se passe rien.

Photos : Nicolas Landru

mardi 23 février 2010

Tsalka, où la pommes de terre vaut de l'or


La région de Tsalka est l'une des plus improbables de Géorgie. A à peine 70km de Tbilissi, sur les hauts plateaux volcaniques du Petit Caucase, Tsalka est pourtant l'une des villes les plus isolées du pays.



A l'époque soviétique, c'était l'une des régions agricoles les plus prospères de l'URSS. Ses pommes de terres étaient parmi les plus fameuses de l'Union. Mais avec la désintégration du territoire géorgien au début des années 1990, des années d'absence de l'Etat, de règne de seigneurs de la guerre et de mafieux, la région s'est retrouvée entièrement isolée.



Sur son haut plateau entre 1500 et 2700 mètres d'altitude, la région a vu ses routes rapidement devenir des tourbiers. De plus, c'est l'une des régions du pays qui a connu les plus grands bouleversements démographiques. La région était peuplée, avant l'effondrement du pays, d'une majorité de Grecs et d'une minorité d'Arméniens.



Paupérisés et tentés par l'ouverture des frontières de la Grèce à tous les membres de sa diaspora, les Grecs sont quasiment tous partis, laissant ville et villages abandonnés. Les Arméniens se sont retrouvés en majorité. Enfin, fin des années 1990 jusqu'en 2005, des Géorgiens victimes de catastrophes écologiques ont été relocalisés ici.

Le mystère des pommes de terres

Un dimanche de février, jour de marché à Tsalka, fin d'après-midi. Nous partons de Tbilissi et poursuivons notre route, dans une BMW immatriculée à Tbilissi, jusqu'à la ville de montagne reculée. Les Tbilissiens n'ont bien sûr qu'une idée en tête : acheter des pommes de terres moitié moins cher que dans la capitale. Après tout, nous sommes au paradis de ce féculent, là où il est le meilleur dans toute la région et peut-être même au-delà.

Au fur et à mesure que nous interrogeons les autochtones, le doute s'empare de nous. Que ce soient les quelques passant, souvent des femmes apparemment grecques ou arméniennes puisqu'elles ne comprennent pas le Géorgien, les pompistes ou le tenancier de l'unique magasin de la rue principale, des Adjares ou des Svanes, encore les quelques personnes croisées sur la route, visiblement des paysans eux-mêmes probablement cultivateurs de pommes de terre, la réaction est la même.

"Où peut-on acheter des pommes de terre?" entraine une réponse hâtive, réticente et peu naturelle : "Non, non" ou "Sais pas" ou simplement un signe de la main indiquant le non catégorique, qui contraste avec la sympathie du premier abord.

Au pays de la patate, pas moyen d'en acheter une seule, même à prix d'or.

Nous repartons bredouille, et nous disons que ces gens, loin d'ignorer où acheter des pomme de terre, refusaient de nous dire. Peut-être même, avaient peur. Une dizaine de kilomètres après avoir entamé la descente du plateau, nous croisons un camion en panne que nous avions déjà vu à l'aller. Plein à craquer de sacs de pommes de terre de 60 kilos. Nous demandons aux camionneurs de nous en vendre un. Aucun problème, cela leur fait un peu d'argent de poche. Moitié prix des marchés de Tbilissi. Nous demandons où ils se les sont procurées. "A Tsalka, pardi, où, sinon?"

Une seule explication parait envisageable. Le marché fonctionne ainsi : des grossistes achètent les pommes de terre à bas prix aux cultivateurs ou à de plus petits vendeurs de Tsalka pour les marchés de Tbilissi, et interdisent aux autochtones de vendre aux particulier. En somme, une version capitaliste du système kolkhozien qui existait ici à l'époque soviétique.

Redescendu dans la vallée, je parle de cette histoire. Et entends parler de quelqu'un qui, en Mingrélie, a essayé il y a quelques années de monter une vente d'herbes fines qu'il cultivait à des particulier. Et que l'entreprise n'avait pas pu se faire parce que la mafia locale interdisait de vendre à d'autres qu'à elle.

A Tsalka, l'effondrement de l'Union Soviétique aura changé bien des données, dans les données démographiques, en ce qui concerne l'état des infrastructures. Mais le fonctionnement économique des temps anciens, lui, semble avoir persévérer. Sont-ce les mêmes, les anciens directeurs de Kolkhozes, qui ont toujours la mainmise sur la région?

Photos : Nicolas Landru

lundi 15 février 2010

Maréchaux-ferrants azéris sur le marché aux chevaux de Kabali (Kakhétie)

VIDEO : http://www.youtube.com/watch?v=aVWk0HHMvHM

Faire poser un fer à son cheval sur le marché aux chevaux de Kabali coûte 20 laris. Tous les trois mois, un investissement obligatoire pour beaucoup d'habitants de cette région où le bel animal est encore souvent un "outil" de vie important ; transport, élevage, agriculture...

Les maréchaux-ferrants présents tous les dimanche sur le marché sont, comme bon nombre de vendeurs, des Azéris de la région, du village de Kabali ou d'autres. Fins artisans, ils connaissent leur ouvrage et ne manquent pas de fierté lorsque des étrangers veulent filmer leur art...


Dans l'extrait vidéo (voir le lien), les questions leurs sont posées par l'artiste-aventurier allemand Hans Heiner Buhr, qui tient aussi une agence de voyage en Géorgie, "Kaukasus Reisen". Il organise des circuits, entre autres en Kakhétie, qui peuvent inclure une visite au marché dominical.

Ce jour-là était l'ouverture de la Bérikoba, carnaval géorgien qui veut que des diables, "Bérikas" masqués, rackettent les badauds...

Photos et vidéo (voir lien) : Nicolas Landru

mardi 9 février 2010

Staline est parti de Tbilissi

Fresque de Staline au 105, Aghmachénébéli en 2008 ( Birgit Kuch)

Après avoir survécu à la déstalinisation, à la perestroïka et à la guerre civile, le Petit Père des Peuples, le plus célèbre des Géorgiens, aura succombé au réaménagement de Tbilissi entrepris par le gouvernement de Mikheïl Saakachvili. Dans le cadre du programme lancé par le maire de la capitale Guivi Ougoulava (du parti du président), intitulé "La nouvelle vie du vieux Tbilissi", l'avenue Aghmachénébéli (anciennement Plékhanov) est rénovée de fond en comble. Ce quartier d'architecture russe néo-classique du XIXème siècle, aux façades magnifiques mais en piteux état, va connaître les plus grands travaux d'assainissement de son histoire. Les bâtiments vont aussi être transformés, modernisés, certains vont gagner un étage.

"La nouvelle vie du vieux Tbilissi" (N.Landru)

Le rebrossage aura au passage donné au pouvoir l'occasion de démolir l'arche du numéro 105, où se trouvait jusqu'en 2009 un bas-relief de Staline rescapé des temps... Il s'agit de l'entrée secondaire d'un théâtre de marionnettes pour enfants ouvert dans les années 1930 ; la fresque représentait des enfants donnant des fleurs au Petit Père des Peuples...

105, Aghmachénébéli après destruction de l'arche (N.Landru)

Le régime actuel, pro-occidental et moderniste, ne porte guère d'admiration pour la période stalinienne et doit être plutôt ravi de se débarrasser de ses traces encombrantes. Dans la capitale tout du moins, car à Gori, ville natale du dictateur, ce sera une autre affaire que d'enlever les effigies de Joseph Djougachvili sans heurter la population éprise de son fils prodigue...

Place Staline à Gori (N.Landru)

dimanche 7 février 2010

Reportage BD en Ossétie du Sud (de Chapatte)


Un très bon reportage sur un support original dans l'Ossétie du Sud d'après-guerre : le dessinateur français Chapatte, spécialiste de "dessins de presse", recueille les témoignages de représentants de la société civile mais aussi de simples habitants ossètes et géorgiens de Tskhinvali et alentours, dans le sillon d'une mission de la croix-rouge. En ce qui concerne la guerre d'août 2008, il a le mérite de montrer le point de vue des Ossètes (souvent ignoré par l'opinion publique internationale qui a favorisé la vision d'une guerre russo-géorgienne ; de plus, les journalistes occidentaux ont considérablement plus fait d'enquêtes en Géorgie qu'en Ossétie du sud et plus massivement recueilli les témoignages de Géorgiens). D'un point de vue journalistique, le reportage a la grande qualité d'être au crayon aussi clairvoyant et apte à capter la réalité qu'une caméra ou un appareil photo.

Le reportage BD est accessible en ligne sur le site de l'auteur
Editorial Cartoons ; ou (on peut mieux zoomer) sur le site du CICR

vendredi 29 janvier 2010

Le marché de Kabali en Kakhétie : intégration régionale autour du cheval?

Article publié dans Caucaz.com le 12/01/2010

Par Nicolas LANDRU à Kabali/Ninigori


© Nicolas Landru, Marché aux chevaux de Kabali

Le marché aux bestiaux dominical de Kabali en Kakhétie, aux confins sud-est de la Géorgie et à quelques kilomètres de la frontière avec l'Azerbaïdjan, semble comme revenu d'une autre époque. C'est le plus grand marché de ce genre en Géorgie, au cœur d'une région témoignant d’une superposition des peuples et des cultures. Là où le pastoralisme rejoint le sédentarisme, quelques perspectives sur un tropisme emblématique de dizaines d’économies locales en Transcaucasie.

La région de Kabali, le district de Lagodékhi, est un espace de transition. Au nord et à l'ouest, la Kakhétie profonde du vin et des traditions géorgiennes. Au sud, la Kakhétie des steppes et des bergers, qui ouvre sur l'Azerbaïdjan et au-delà, la Caspienne et l'Asie centrale.

La zone habitée s'étale comme une lignée entre la muraille de pierre abrupte et sans trouée du Grand Caucase (au-delà de laquelle s'étend le Daguestan en Russie) et la vallée de l'Alazani, vaste lit alluvial de la rivière traditionnellement inhabité en raison des crues, et réservé aujourd'hui à l'agriculture.

Le village de Kabali est en majorité peuplé d'Azéris et c'est l'un des plus anciens de la région. Tout le district de Lagodékhi est composé d'un savant mélange ethnique. Des villages géorgiens, la grande majorité, plus précisément d'Imérétiens de Géorgie occidentale relocalisés ici dans les années 1930 pour peupler cette région alors quasi vide d'habitants ; des villages azéris ; ossètes, en voie rapide de dépeuplement, l'émigration vers l'Ossétie du Nord étant fulgurante ; enfin de groupes ethniques daguestanais (Lezguines, Avars). On trouve même quelques villages d’Oudis, ce peuple chrétien quasiment disparu, formant une petite minorité en Azerbaïdjan, et que l'on dit descendant des anciens Albanais du Caucase.

Pastoralisme

Un groupe de population nomadise tout au long de l'année du nord au sud de la Kakhétie, donnant en quelque sorte son unité à la région : les Touches, bergers originaires des montagnes de Touchétie tout au nord-est, lesquelles constituent les pâturages d'été pour leurs troupeaux. A l'automne, ils descendent toute la vallée de l’Alazani pour atteindre leurs pâtures d'hiver, les steppes de Chiraki à la frontière azérie. Bon nombre d'Azéris du sud de la Kakhétie sont également pasteurs et se déplacent de manière saisonnière dans le sud de la région, franchissant souvent la frontière de leur pays "titulaire", l'Azerbaïdjan.

En somme, le voile du nomadisme fait encore surface dans la région, pour venir se mêler à la culture sédentaire et viticole des Géorgiens. A l'époque soviétique, les peuples nomades ont été à demi-sédentarisés, souvent assignés à surveiller des troupeaux collectivisés. Les cultures « nomades » d'origine n'ont pas tardé à réapparaître en force avec l'effondrement de l'URSS, et dans l'indigence des infrastructures, le cheval a repris une place primordiale dans la culture locale.

Utilisés pour le transport, comme les bœufs et buffles d'eau, mais surtout comme monture pour la surveillance des troupeaux de moutons élevés pour leur laine et leur viande, ces petits chevaux de type arabe rappellent qu'il n'y a pas deux siècles, des peuples turcs nomades en provenance des steppes d'Asie centrale (qui allaient devenir l'un des nombreux composants de la minorité azérie) venaient encore s’établir dans la région .

Nœud d’une économie de subsistance

Important point de commerce des chevaux, bœufs et moutons, installé entre deux villages, le marché aux bestiaux de Kabali se présente comme un vaste espace plat sans infrastructure précise, étalé autour du lit alluvial de la rivière Kabali. Vite boueux quand il a plu, il ressemble surtout à un vaste terrain vague où chaque dimanche, on peut venir tenter de vendre ses bêtes.

Les véhicules (Ladas et charrettes à chevaux pour la plupart) sont vaguement garés sur les côtés, et sur le terrain, les hommes exposent et montent les bêtes, négocient un cheval pour 300 à 2000 laris selon la "qualité" de la bête, son âge, sa taille, sa force. Des courses et essais de charrettes et de chevaux ont lieu entre les étalages, fournissant le divertissement nécessaire aux longues heures d'attente, semant parfois la panique parmi l'attroupement.

L'attirail annexe, selles et étriers, chars ou harnais, est confectionnés à la main, en bois, en cuir ou en peau de mouton. Si le marché aux chevaux ne rassemble quasiment que des hommes, le marché d’équipement, de victuailles, vêtements, et produits divers, sous des halles précaires installées de l'autre côté du site, est l'apanage des femmes et des familles. Ce marché, comme on en trouve de partout dans le Caucase, est néanmoins le plus important du sud de la Kakhétie.

Un facteur d’intégration régionale ?

A l'image du festival religieux d’Alaverdoba, au nord de la Kakhétie, qui a lieu autour de la cathédrale orthodoxe d'Alaverdi et qui est traditionnellement ouvert à toutes les confessions, le marché de Kabali est un point de rencontre des villages et des groupes ethniques de la région. Facteur d’équilibre régional, on vient de loin pour y participer, dans cette province rurale ou l’agriculture et, dans une moindre mesure, le pastoralisme, sont un élément important de l'économie des foyers.

La Kakhétie fait partie des régions les plus multiethniques de la Géorgie, mais elle appartient aussi aux plus stables et aux moins empreintes de tensions ethno-politiques. Si ce phénomène est lié à un grand nombre de facteurs, le mode de gestion des dirigeants locaux, la structure du pouvoir, l’histoire, des causes géostratégiques, il a aussi indéniablement à voir avec le fait que tous les groupes de la région – dont aucun n’est isolé et qui parlent tous le Géorgien comme langue de communication – sont unis dans un système socio-économique particulier qui tourne autour de cette rencontre entre viticulture, pastoralisme, nomadisme et sédentarisme.

« 14 peuples vivent à Lagodékhi », s’exclame dans un toast Batcho, que son métier amène à faire du porte à porte dans toute la région. « Tout le monde a besoin de tout le monde, et tous vivent en paix, en bons voisins. ».

Bien loin de Tbilissi et de la nouvelle Géorgie, le marché de Kabali est un résidu d'âges où le temps n'avance pas aussi vite. C’est un vestige que l'URSS n'a pas enterré, loin de là, et que la Géorgie mettra longtemps à faire disparaître. Les transformations socio-économiques récentes que connaît le pays concernent des domaines précis touchant presque uniquement la population de la capitale. Elles ont bien peu d'impact sur les "écosystèmes" de province. Faute d'une révolution économique durable capable de restructurer de fond en comble une société encore ancrée dans la ruralité et le pastoralisme, le marché de Kabali et ses innombrables parents animeront encore bien des dimanches de micro-régions du Caucase.

Voir aussi le portfolio de Caucaz.com : Le marché de Kabali

Der Markt von Kabali in Kachetien: Regionale Integration durch das Pferd?

Veröffentlicht in Caucaz.com am 26/01/2010

Von Nicolas LANDRU in Kabali/Ninigori
übersetzt von Astrid HAGER



© Nicolas Landru, Der Pferdemarkt von Kabali

Der Viehmarkt von Kabali in Kachetien, an der südöstlichen Grenze Georgiens und einige Kilometer von der Grenzelinie zu Aserbaidschan entfernt, erscheint wie die Wiederkehr einer anderen Epoche. Dieser Markt ist der größte seiner Art in Georgien, im Herzen einer Region, in der sich Völker und Kulturen überlappen. Hier treffen sich Weidewirtschaft und Sesshaftigkeit und lassen Einblicke in den beispielhaften Tropismus von Dutzenden von Lokalwirtschaften im Transkaukasus zu.

Die Region von Kabali, der Bezirk Lagodechi, ist eine Übergangsregion. Im Norden und Westen das tiefe Kachetien mit seinem Weinbau und seinen georgischen Traditionen. Im Süden das Kachetien der Steppen und Hirten, das sich nach Aserbaidschan hin öffnet, und jenseits davon dem Kaspischen Meer und Zentralasien.

Das bewohnte Gebiet zieht sich wie eine Linie zwischen der lückenlosen steinernen Steilmauer des Großen Kaukasus (auf deren anderer Seite sich Dagestan in Russland erstreckt) und dem Alasani-Tal hindurch, jenem Schwemmgebiet am Fluss Alasani, das aufgrund der hohen Überschwemmungsgefahr traditionell nur dünn besiedelt ist und heute hauptsächlich landwirtschaftlich genutzt wird.

Das Dorf Kabali wird überwiegend von Aseris bewohnt und ist einer der ältesten Orte in der Region. Der Bezirk Lagodechi setzt sich zusammen aus einem sehr feingliedrigen ethnischen Gefüge. Zum einen die georgischen Dörfer, die die Mehrheit ausmachen, genauer gesagt, Imeretier aus Westgeorgien, die in den 1930er Jahren hier angesiedelt wurden, um diese damals nahezu menschenleere Gegend zu bevölkern; daneben aserische Dörfer; sowie ossetische Dörfer, die allerdings aufgrund der rasanten Emigration nach Nordossetien immer leerer werden; und schließlich die ethnischen Gruppen der Dagestaner (Lesgier, Awaren). Selbst einige Dörfer der Udis finden sich hier, einer christlichen Volksgruppe, die nahezu verschwunden ist und nur noch eine kleine Minderheit in Aserbaidschan bildet. Von ihnen wird behauptet, sie stammen von den alten kaukasischen Albanern ab.

Weidewirtschaft

Es gibt eine Bevölkerungsgruppe, die das gesamte Jahr hindurch vom Norden in den Süden Kachetiens als Nomaden umherzieht und auf diese Weise die Region sozusagen zusammenhält: die Tuschen, ein Hirtenvolk aus den Bergen von Tuschetien ganz im Nordosten des Landes, wo sich die Sommerweiden ihres Viehs befinden. Im Herbst treiben sie ihr Vieh das gesamte Alasani-Tal herunter, um ihre Winterweiden, die Steppen von Schiraki an der aserischen Grenze zu erreichen. Auch zahlreiche Aseris aus dem Süden Kachetiens sind Hirten und ziehen saisonbedingt in den Süden der Region, wobei sie häufig die Grenze zu ihrem „Stammland“ Aserbaidschan überschreiten.

Letztlich taucht die Spur des Nomadentums nach wie vor in der Region auf und verschmilzt mit den Traditionen der Sesshaftigkeit und des Weinbaus der Georgier. Zur Sowjetzeit waren die Nomadenvölker halb sesshaft und oft dazu eingeteilt, sich um das Vieh der Kolchosen zu kümmern. Die ursprünglichen „nomadischen“ Kulturen erlebten jedoch rasch nach dem Zusammenbruch der UdSSR eine starke Renaissance und aufgrund fehlender Infrastrukturen eroberte sich das Pferd seinen einst so wichtigen Platz als Verkehrsmittel in der lokalen Kultur zurück.

Wie Rinder oder Wasserbüffel werden Pferde für den Transport, aber vor allem auch als Reittier für die Bewachung der Schafherden genutzt, die wegen Ihrer Wolle und Ihres Fleisches gehalten werden. Diese kleinen Araberpferde erinnern daran, dass noch vor 200 Jahren nomadische Turkvölker aus den Steppen Zentralasiens (die zusammen mit anderen ethnischen Gruppen zu einem Bestanteil der aserischen Minderheit wurden) in diese Region gekommen waren, um sich dort anzusiedeln.

Knotenpunkt einer Subsistenzwirtschaft

Der Viehmarkt von Kabali, eines der wichtigsten Zentren für den Handel mit Pferden, Rindern oder Schafen, befindet sich zwischen zwei Dörfern und erscheint als eine riesige, ebene Fläche ohne genauer definierbare Infrastruktur, die sich entlang des Schwemmlandes des Flusses Kabali ausbreitet. Schnell verschlammt, sobald es regnet, gleicht er in erster Linie einem weitläufigen, verschwommen Platz, auf dem man jeden Sonntag versuchen kann, sein Vieh zu verkaufen.

Die Fahrzeuge (zumeist Ladas und Pferdewagen) sind mehr oder weniger an den Seiten geparkt, auf dem Platz selbst präsentieren die Männer ihr Vieh, verhandeln den Preis eines Pferdes zwischen 300 und 2000 Lari, je nach „Qualität“ des Tieres, seines Alters, seiner Größe und seiner Stärke. Rennen und Probefahrten mit Karren oder Pferden finden zwischen den Auslagen statt, um in Anbetracht langer Wartezeiten für Zeitvertreib zu sorgen, was aber manchmal auch zu Panik in der Menschenmenge führen kann.

Das gesamte Zubehör wie Sattel und Steigbügel, Karren oder Geschirr ist Handarbeit, gefertigt aus Holz, Leder oder Schafsfell. Während der Pferdemarkt nahezu ausschließlich Männer ansammelt, so ist der Markt für Haushaltswaren, Lebensmittel, Kleidung und andere Produkte, der notdürftig in Hallen auf der anderen Seite untergebracht ist, den Frauen und Familien vorbehalten. Dieser Markt, wie man ihn in dieser oder in ähnlicher Form überall im Kaukasus finden kann, ist gleichwohl der bedeutendste im Süden Kachetiens.

Ein Faktor der regionalen Integration?

Ebenso wie das religiöse Festival Alaverdoba, das im Norden Kachetiens, um die orthodoxe Kathedrale von Alaverdi herum veranstaltet wird und traditionell allen Konfessionen offen steht, ist auch der Markt von Kabali ein Treffpunkt für die Dörfer und ethnischen Gruppen dieser Region. In dieser ländlichen Gegend, in der die Landwirtschaft und in geringerem Maße auch die Weidewirtschaft nach wie vor wichtige Elemente der privaten Wirtschaft sind, stellt er einen wichtigen Punkt des regionalen Gleichgewichts dar, zu dem man von weit her anreist, um daran teilhaben zu können.

Kachetien zählt zu den Regionen in Georgien, die am meisten multiethnisch geprägt sind, gleichwohl gilt sie auch als eine der stabilsten Regionen des Landes mit den geringsten ethno-politischen Spannungen. Auch wenn dieses Phänomen an eine Vielzahl von Faktoren geknüpft ist, wie z.B. die Organisation der lokalen Führung, die Machtstrukturen, die Geschichte, geostrategische Überlegungen, so ist doch zweifelsohne augenscheinlich, dass sämtliche Gruppen dieser Region, von denen keine isoliert lebt und die alle Georgisch als gemeinsame Verkehrssprache benutzen, in einem besonderen sozio-ökonomischen System vereint leben, das sich genau auf dieses Zusammentreffen von Weinbau, Weidewirtschaft, Nomadentum und Sesshaftigkeit stützt.

„14 Völker leben in Lagodechi“, beschwört Batscho, der aufgrund seines Berufes von Haus zu Haus durch die gesamten Region zieht, in einem Trinkspruch. „Jeder braucht jeden und alle leben als gute Nachbarn in Frieden zusammen.“

Weit ab von Tbilissi und dem neuen Georgien ist der Markt von Kabali ein Überbleibsel jener Tage, in denen die Zeit nicht so schnell verging. Er ist ein Relikt, das die Sowjetunion nicht begraben hat und das – im Gegenteil – Georgien sobald nicht beerdigen wird. Die jüngsten sozio-ökonomischen Transformationen in Georgien betreffen nur die wenigen Bereiche, die die Bevölkerung der Hauptstadt berühren. Sie haben aber kaum Auswirkungen auf die „Ökosysteme“ der Provinz. In Ermangelung einer nachhaltigen wirtschaftlichen Revolution, die fähig wäre, eine nach wie vor tief im Landleben und in der Weidewirtschaft verankerte Gesellschaft komplett neu zu strukturieren, werden Märkte wie der von Kabali noch einige Sonntage Mikroregionen des Kaukasus beleben.

Siehe auch die Fotogalerie von Caucaz.com: Der Kabali-Viehmarkt

dimanche 10 janvier 2010

Noël et jour de l'an à Tbilissi


"Guilotsavt akhal tsels..."

Pour les fêtes 2009-2010, la mairie de Tbilissi a cette fois investi dans une grandiose décoration de style "opéra", avec lustres et lumières blanc diamant. L'avenue principale, Roustavéli, a été recouverte d'un tapis de petits lampions scintillants aspirant à l'élégance et au style grand siècle.

Si certains en sont fiers, d'autres reprochent à ces décorations de n'être destinées qu'aux "beaux quartiers", tandis que l'immense majorité de la ville est toujours aussi sombre.

D'autres encore spéculent sur leur coût (million de dollars?) et sur le fait qu'on eût pu investir cet argent autrement, par exemple dans la vieille ville de Tbilissi qui s'effondre littéralement. Enfin, certains disent qu'avant les élections municipales au printemps prochain, le Mouvement National au pouvoir veut mettre en mettre plein la vue...


Photos et texte : Nicolas Landru

jeudi 28 mai 2009

Table ronde à Nantes : Géorgie 8 mois après la guerre, état des lieux


Radiodiffusion de la table ronde du 13 mai 2009 à Nantes, dans le cadre du jumelage Nantes-Tbilissi. Dans cette discussion organisée par l'Université de Nantes et animée par Ulrich Huygevelde, les invités Isabelle Facon, Philippe Perchoc et Nicolas Landru reviennent sur les causes et les conséquences de la guerre d'aout 2008, font le bilan de la situation économique, géopolitique et politique en Géorgie au printemps 2009 et tentent d'établir les perspectives qui s'annoncent pour le pays.
Euradionantes diffuse cette discussione en ligne, en podcast :
http://www.euradionantes.eu/index.php?page=detailPodcast&id_podcast=2549&id_programme=27

mardi 19 mai 2009

Manifestations d’avril en Géorgie : ni révolution, ni évolution




Des opposants montent des tentes devant la résidence présidentielle à Tbilissi © RFE/RL

Par Nicolas LANDRU
Articles paru dans Caucaz.com le 17/04/09

Le 9 avril, jour de deuil national hautement symbolique en Géorgie, avait été annoncé par l’hétéroclite opposition politique comme point de départ d’une nouvelle course à la mobilisation populaire contre le régime du président Mikhaïl Saakachvili. Le but avoué d’une majorité de ces forces politiques était d’amener la rue à faire partir ce président qu’elle considère comme illégitime. Affaiblis par la perte des élections présidentielle et parlementaires de 2008, devenus muets pendant la guerre éclair d’août 2008 avec la Russie, les partis d’opposition ont tenu leur promesse et, depuis plus d’une semaine, investissent la rue. Mais le souffle battant de l’hiver 2007-2008 ne semble pas être au rendez-vous. Le gouvernement a changé de ton et prône le dialogue. Une stratégie qui ne convient guère à un mouvement qui parvient mal à remobiliser les foules à Tbilissi.



Depuis la sévère crise politique qui avait duré des manifestations de novembre 2007 aux élections parlementaires de juin 2008 perdues par l’opposition, les troubles internes qui avaient marqué la Géorgie avaient été relégués au second plan derrière l’urgence de la guerre d’août 2008 avec la Russie. Cette dernière avait marqué une pause dans les affrontements entre un bloc d’opposition précaire et le régime de Mikhaïl Saakachvili, tous les leaders de l’opposition ayant joué la carte de l’« unité nationale » derrière le président pendant le conflit.

Un difficile après-guerre pour l’opposition

La guerre a mal masqué le profond dysfonctionnement de l’équilibre majorité-opposition mis à mal par un perpétuel dialogue de sourds, l’utilisation de méthodes radicales et un contournement de la voie institutionnelle des deux côtés. Elle avait pourtant brusquement détourné l’attention publique, tant en Géorgie que pour le public international, d’une période dense en évènements aussi préoccupants que manifestations longues et massives, répression policière, état d’urgence, élection présidentielle anticipée, flous sur la légitimité des scrutins, instabilité et réversibilité des coalitions d’opposition.

Ce n’est que fin septembre 2008 que les leaders d’opposition avaient de nouveau élevé la voix, pointant cette fois la responsabilité du président Saakachvili dans l’avènement de la guerre et la victoire russe. Mais la vague de mécontentement populaire sur laquelle elle avait surfé s’est vite dissipée après le choc de la confrontation militaire. Une rupture dans la logique des partis anti-Saakachvili avait aussi été entamée : les thèmes de la falsification des élections et des violations des droits civiques par les autorités pendant les manifestations de novembre 2007 et les campagnes électorales, clés de voûte du discours de l’opposition avant-guerre, ont été quasiment abandonnés.

C’est que la guerre a été un traumatisme pour le pays. Outre le défi de l’urgence humanitaire face à la vague de réfugiés, ceux de la reconstruction des infrastructures détruites et d’une réorientation vis-à-vis d’une Abkhazie et d’une Ossétie du Sud désormais entièrement coupées de la Géorgie, ou ceux du constat d’une armée sévèrement atteinte et d’une Russie plus que jamais menaçante, doublés de la crise économique mondiale qui n’épargne pas la Géorgie, l’atmosphère politique s’est tendue d’un cran de plus.

L’opposition n’a que lentement reconstitué son discours contre le régime. La remise en place d’une alliance en bloc de ses divers composants a été difficile, tout comme la mise au point d’un nouvel agenda. Dans celui-ci, le mouvement contestataire espérait faire du 9 avril, jour de la commémoration de la répression des manifestations pacifiques de 1989 par l’armée rouge, le départ d’une nouvelle colère populaire à Tbilissi.

Une mobilisation peu endurante

Le 9 avril, après avoir célébré la mémoire des vingt victimes de la répression de 1989 aux côtés du président Saakachvili, les leaders de l’opposition avaient, d’après divers observateurs extérieurs, rassemblé quelque 50.000 personnes devant le Parlement géorgien pour réclamer la démission de Saakachvili. Ce chiffre représente environ la moitié des manifestations de janvier 2008 ayant fait suite à la réélection du président. Les contestataires déclaraient lancer un mouvement qui ne devrait prendre fin qu’avec la démission du président en place.

Le lendemain, alors que les leaders décidaient d’étendre les manifestations à différents endroits de la ville, dont le quartier d’Avlabari, autour de la résidence présidentielle, le nombre de manifestants avait décru sensiblement, certains observateurs parlant d'environ 25.000 personnes. Le 11 avril, la mobilisation s’essoufflait derechef, certains évoquant 4.000 à 6.000 personnes manifestant dans les rues de la capitale. Annonçant une pause pour le dimanche des rameaux orthodoxe, les leaders d’opposition parlaient pourtant d’une étendue du mouvement à l’ensemble de la Géorgie pour le lundi 13.

Alors que le mouvement se concentrait sur l’installation d’une trentaine de tentes autour de la résidence présidentielle, ainsi que sur un blocage de la station de télévision publique, occasionnant mardi soir la coupure d’un axe routier important, quelques centaines d’activistes font encore pression dans la rue à la veille du week-end de la pâque orthodoxe.
En contraste, les leaders parlent plus que jamais de lancer une campagne dans les provinces, généralement peu mobilisables, politiquement actives et électoralement acquises au régime en place. Après une hésitation face aux célébrations religieuses des 17 au 20 avril, les principaux leaders ont néanmoins déclaré vouloir poursuivre les manifestations à Tbilissi.

L’introuvable dialogue

Au cours de cette semaine de manifestation, une poignée d’incidents violents ont été dénoncés par l’opposition, notamment le 11 avril au soir, où selon eux une cinquantaine de personnes auraient attaqué les quartiers généraux des manifestants, détruisant notamment du matériel informatique. Le 14 avril, trois activistes de l’opposition auraient été battus par des hommes masqués en marge des campements autour de la résidence présidentielle.

Mais en dehors de ces débordements sujets à de vives controverses entre gouvernement et opposition, les autorités se sont pour l’instant contentées d’opter pour un encadrement policier des manifestations, sans donner de signes d’une escalade possible vers la répression physique. Le spectre du 7 novembre 2007, où les manifestations avaient été violemment dissoutes par les forces de l’ordre, est dans touts les esprits. Il laisse un grand point d’interrogation sur les possibles formes d’issue à ces évènements dont la rhétorique et la configuration, à l’exception, non des moindres, du nombre de manifestants, ne diffèrent guère de novembre 2007.

La suite des évènements est d’autant plus incertaine qu’aucune évolution n’est décelable dans les rapports entre opposition et gouvernement. Depuis une semaine, la même constellation qui prévaut depuis deux ans s’est une fois de plus affirmée. Le gouvernement a proposé comme compromis une mesure politique, le changement du mode d’élection du maire de Tbilissi, que l’opposition qualifie de dérisoire. L’opposition invite le président à un type de confrontation, un débat télévisé, que le gouvernement lui refuse. Le gouvernement appelle l’opposition au dialogue, mais cette dernière considère ce dernier inacceptable après l’emploi de la violence contre elle dans la soirée du 11 avril. Le gouvernement met à jour une tentative de complot orchestré par la Russie, par l’arrestation d’un « provocateur » russe, ouvrant sur une rhétorique de la trahison mettant à mal la légitimité de l’opposition politique. Laquelle se donne comme unique finalité le départ irrémédiable du président...

Ce cercle de l’absence du compromis et du dialogue, alimenté par des rhétoriques respectives qui se reposent à leur tour sur lui, s’est de nouveau installé dans la vie publique, dans les médias et dans la rue, entièrement au dehors des institutions démocratiques. Telle semble être la constante d’une relation entre gouvernement et opposition qui s’est mise en place dès la deuxième année ayant suivi la "révolution des Roses" et que pas même une guerre sur le territoire géorgien n’a enterré.

Autre question clé concernant l’issue du mouvement : les leaders d’opposition, anciens comme Levan Gatchétchiladze, David Gamkrelidze, et nouveaux tels qu’Irakli Alasania ou Nino Bourdjanadze, parviendront-t-ils encore à surmonter leurs profondes divergences ? Quoi qu’il en soit, il semble difficilement envisageable que ce mouvement d’avril puisse se montrer en mesure de répéter le scénario de la "révolution des Roses", sur lequel les leaders oppositionnels placent une fois de plus leurs espoirs. La majorité des Géorgiens semble ne pas être prêts à s’engager sur cette voie incertaine. Le pays ne s’est pas encore remis de la secousse d’août 2008, et la menace d’une nouvelle invasion russe reste pour l’instant le meilleur allié aux côtés du régime en place.

April demonstrations in Georgia: neither revolution nor evolution


Opposition members set up tents in front of the presidential residence in Tbilisi. © RFE/RL

By
Nicolas LANDRU, translated by Christian Larson
Published in Caucaz.com on May 16, 2009


Georgia’s political opposition announced April 9, a highly symbolic day of national mourning, as the starting point for a new round of popular mobilisation against President Mikhail Saakashvili’s regime. The avowed goal of a majority of these political forces was to rally in the streets in order to force out the president they consider illegitimate. Weakened by the loss of 2008’s presidential and parliamentary elections, and silent during the August 2008 war with Russia, the opposition parties kept their promise and have filled the streets for more than a week already. But the winds of change from the winter of 2007-2008 do not seem to be present. The government has changed its tone and appears to be leaning towards dialogue, a strategy that hardly suits the opposition movement which is experiencing difficulty in mobilising crowds in Tbilisi again.


During the severe political crisis which lasted from the November 2007 demonstrations to the June 2008 parliamentary elections which the opposition lost, the internal troubles which marked Georgia were relegated to the back burner due to the urgency of the August 2008 war with Russia. The later demarcated a pause in the clashes between a precarious opposition block and Mikhail Saakashvili’s regime, all opposition leaders having rallied in “national unity” behind the president during the conflict.

A difficult post-war situation for the opposition

The war poorly masked the seriously dysfunctional imbalance between the opposition and the majority, put into a bad state by both parties’ perpetually deaf dialogues, the use of radical methods and an about face on the road towards institutionalisation. The war did manage, however, to divert the public’s attention, as much in Georgia as in the rest of the world, from a period filled with preoccupying such as massive, long demonstrations, police repression, a state of emergency, an anticipated presidential election, questions about the legitimacy of the elections, instability and the reversibility of the opposition coalitions.

It wasn’t until the end of September 2008 that the opposition leaders raised their voices again, pointing this time at President Saakashvili’s responsibility for the advent of the war and Russia’s victory. But the wave of popular discontent on which the opposition surfed quickly dissipated following the shock of military confrontation. And the logic of the anti-Saakashvili parties was ruptured: the opposition nearly abandoned its electoral campaign demonstrations and its November 2007 themes of election falsification and civil rights violations by the authorities, key talking points in the pre-war opposition’s discourse.

It’s because the war was traumatic for the country. There are a number of consequent challenges: the humanitarian emergency stemming from the wave of refugees, the reconstruction of destroyed infrastructure and a reorientation towards an Abkhazia and South Ossetia now entirely cut off from Georgia. Combine that with the challenges of a severely battered army, a Russia that is more menacing that ever, and the fact that the global economic crisis has not spared Georgia, and the political environment is that much more tense.

The opposition has only slowly reconstituted its discourse against the regime. The recreation of an alliance composed of diverse members was difficult, as was the laying out of a new agenda. This new agenda hoped to make April 9, which commemorates the Red Army’s 1989 repression of peaceful protests, the starting point for a new popular anger in Tbilisi.

Short-lived mobilisation

After having stood by President Saakashvili’s side on April 9th to celebrate the memory of the 1989 repression’s twenty victims, according to numerous outside observers, opposition leaders assembled some 50,000 people in front of the Georgian parliament to call for Saakashvili’s resignation. This figure is approximately half the number of people who demonstrated in January 2008 following the president’s re-election. The demonstrators announced the launching of a movement which would end only with the resignation of the current president.

The next day, when the leaders decided to extend the demonstrations to different parts of the city, including near the presidential residence in the Avlabari neighbourhood, the number of demonstrators noticeably decreased. Some observers spoke of approximately 25,000 people. On April 11, mobilisation waned further, with some saying between 4,000 and 6,000 people were demonstrating in the streets of the capital. Despite announcing a break for the Orthodox Ram’s Sunday, opposition leaders spoke on the 13 of extending the movement throughout Georgia.

Although the movement focused on setting up some thirty tents around the presidential residence, as well as blockading the public television station and cutting off of an important road, several hundred activists continued to rally in the streets the weekend of Orthodox Easter.

In contrast, the leaders spoke more than ever of launching a campaign in the provinces, which are usually difficult to mobilize, not very politically active and tend to vote for the regime in power. After hesitating in the face of the April 17 and April 20 religious celebrations, the main leaders nonetheless declared their desire to continue the demonstrations in Tbilisi.

Elusive dialogue

During the week of demonstrations, the opposition denounced a handful of violent incidents, notably on the evening of April 11, when they say fifty people attacked the demonstrators’ headquarters, destroying mostly informational materials. On April 14, masked men beat three opposition activists on the edge of the camps around the presidential residence.

But apart from these outbursts between the government and the opposition, the authorities are content for the time to simply police the demonstrations. There are no indications as of yet of a possible escalation towards physical repression. The spectre of November 7, 2007, when demonstrators were violently disbanded by the security forces, is on everyone’s mind. The question lingers what changes these events may bring in terms of rhetoric and strategy; the number of demonstrators is hardly different from that of November 2007.

What comes next is all the more uncertain given that there has been no perceivable change in the relations between the opposition and the government. Over the past week now, the same group that has prevailed for two years has again reaffirmed itself. As a compromise the government has proposed changes to the electoral process for the mayor of Tbilissi, a political move which the opposition considers hollow. The opposition has invited the president to a confrontation of sorts, a televised debate, which the government has refused. The government has called for dialogue with the opposition, but the latter considers the offer to be unacceptable given April 11th’s se of violence. In arresting a Russian “provocateur”, the government claims to have revealed a plot orchestrated by Russia, using the rhetoric of treason to hurt the legitimacy of the political opposition. The story goes that the opposition insists on the Presidents’ definitive departure…

This vicious circle of no compromise or dialogue, fed by rhetoric that is turned back upon its promulgators, has reappeared in public life, in the media and in the streets, completely outside any democratic institutions. This appears to be the constant in government-opposition relations since the second year following the “Rose Revolution”. Not even a war on Georgian soil could alter the dynamic.

Another key question about the movement: Will the older opposition leaders such as Levan Gachechiladze and David Gamkrelidze manage to overcome their differences with the newer leaders such as Irakli Alasania and Nino Burdjanadze? Come what may, it is difficult to imagine that the April movement will manage to repeat the “Rose Revolution”, a scenario on which the opposition leaders are once again pinning their hopes. Most Georgians do not seem ready to head down that uncertain path. The country has not yet finished licking its wounds from August 2008, and the threat of a new Russian invasion seems for the time being to be the current regime’s best ally.