dimanche 31 août 2008

La Russie reconnaît l’indépendance de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie

18 jours après le début d’une courte guerre qui a opposé la Géorgie d’un côté, l’Ossétie du Sud, puis la Russie et partiellement l’Abkhazie de l’autre, Moscou a reconnu officiellement le 26 août 2008 l’indépendance des deux républiques séparatistes de la Géorgie.

Cette reconnaissance intervient dix-sept ans après le déclenchement des conflits séparatistes de Géorgie subséquents à la chute de l’URSS et qui sont ensuite restés « gelés » et ponctués d’affrontements limités entre l’armée géorgienne et les milices ossètes et abkhazes. La guerre d’août 2008 a représenté une tentative militaire de Tbilissi de recouvrir son autorité en Ossétie du Sud, contrée par l’intervention de l’armée russe, protectrice officieuse des régimes séparatistes.

Alors que l’armée russe contrait en quelques heures l’offensive géorgienne en Ossétie du Sud, le conflit dégénérait en une invasion russe alors que l’armée géorgienne quittait ses positions préalables pour se replier vers Tbilissi. Les forces russes ont pilonné par voie aérienne différentes infrastructures militaires et civiles à l’intérieur du territoire géorgien, avant de prendre par voie de terre des positions dans le pays bien au-delà des territoires séparatistes.

Les forces russes s’emparaient de la ville de Gori, centre militaire géorgien aux portes de l’Ossétie, de celle de Sénaki, base de l’ouest de la Géorgie aux abords de l’Abkhazie ou du port de Poti, centre névralgique de l’import/export géorgien et premier port du pays. Les forces russes ont subtilisé ou détruit matériel et infrastructures trouvés sur place, alors qu’une partie de la population géorgienne locale a dû fuir vers des zones plus sûres, notamment vers la capitale Tbilissi ou vers les villes de Batoumi et Koutaïssi en Géorgie occidentale.


Des pertes territoriales plus grandes encore pour la Géorgie

En Ossétie du Sud, les zones qui étaient restées aux mains des géorgiens après 1992 ont été prises par l’armée russe ou par les milices sud ossètes. Notamment, la ville d’Akhalgori qui n’avait pas connu le conflit et où Géorgiens et Ossètes continuaient à cohabiter, a été occupée par les milices sud ossètes après le retrait de l’armée géorgienne et la population géorgienne harcelée a en grande partie été contrainte de fuir.

En Abkhazie, la vallée de la Kodori, également aux mains des géorgiens et base stratégique d’une possible attaque sur la république séparatiste, a été prises d’assaut par les forces abkhazes, obligeant la population géorgienne locale à fuir vers Koutaïssi en Géorgie intérieure.

Après une prise de position musclée des pays occidentaux, en particulier des Etats-Unis et de l’OTAN, et la mise en place d’un plan de paix proposé par Nicolas Sarkozy, président de la France et momentanément de l’Union Européenne, le Kremlin acceptait sur le papier de retirer ses troupes du territoire géorgien extérieur aux régions séparatistes.

Après diverses démonstrations de forces et des tergiversations sur le terrain pour retirer ses troupes, la Russie finissait au bout de plusieurs jours par effectuer un retrait progressif des principaux points occupés ; mais les troupes russes patrouilleraient encore dans la ville de Poti.

La victoire militaire russe, suivie d’une démarche officielle du Kremlin pour entériner l’indépendance de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud, entérine pour la Géorgie la perte de facto de ces territoires, incluant les parties dont elle avait au préalable réussi à garder le contrôle. Mais en outre, comme la Russie a exigé la mise en place d’une zone tampon autour des deux régions séparatistes après le départ de ses troupes, rien n’établi dans quelle mesure Tbilissi pourra récupérer l’intégralité de son territoire hors les régions séparatistes. La superficie de cette zone tampon constitue à présent l’un des points d’achoppement principaux des négociations entre Russie, Géorgie et Occident.

Un tournant dans l’affrontement diplomatique Russie-Occident

La reconnaissance des indépendances abkhaze et sud ossète par Moscou marque un point supplémentaire dans le conflit qui a opposé la Russie non seulement à la Géorgie sur le plan militaire, mais plus encore le camp « OTAN » sur le terrain diplomatique. Après la contre-attaque russe, Washington s’est empressé de marteler l’intégrité territoriale de la Géorgie et a durci le ton envers Moscou.

Un affrontement plus global s’est plus que jamais fait sentir entre une Russie qui tente de rasseoir son autorité sur le terrain colonial qu’elle avait perdu à l’effondrement de l’URSS, et les Etats-Unis qui ont tenté ces quinze dernières années d’établir leur influence aux frontières de l’ancien ennemi, et ce particulièrement en Géorgie. Bien que l’Europe ait clairement pris position contre la violation du territoire géorgien, elle s’est montrée plus nuancée et divisée sur certains points.

La France a tendu vers un alignement sur la position américaine, en reprochant fermement à la Russie de ne pas avoir obtempéré au retrait stipulé par le plan de paix ou en condamnant la reconnaissance des indépendances ; mais Nicolas Sarkozy s’est déclaré défavorable à des sanctions anti-russes et a personnellement tenté la médiation entre les deux camps pendant le conflit.

L’Allemagne, elle aussi partagée entre l’alliance atlantique et des intérêts requiérant des relations cordiales avec Moscou, a quant à elle créé la surprise lorsque, le 17 août, sa chancelière Angela Merkel donnait à son aval pour une entrée prochaine de la Géorgie dans l’OTAN. Au sommet de Bucarest, l’Allemagne avait comme la France refusé à la Géorgie la mise en place du plan d’adhésion ; de plus, la diplomatie allemande avait depuis le début de la guerre pointé également les responsabilités du leadership géorgien.

La Grande-Bretagne ou les nouveaux membres post-communistes de l’UE ont quant à eux adopté une position radicalement opposée à Moscou. La République Tchèque a par exemple appelé à un boycott des prochains jeux olympiques à Sotchi, en Russie.

Alors que la fermeté de Washington face à la Russie est devenue un thème central de la campagne aux élections présidentielles américaines, les attitudes divergentes des pays européens, plus ou moins radicales envers Moscou, laissent peser un doute sur ce qui sera la position officielle de l’UE vis-à-vis du conflit géorgien. Celle-ci sera définie par le sommet de l’Union du 2 septembre. Quoiqu’il en soit, tous les pays occidentaux sont accordés dans une condamnation sans appel de la reconnaissance par la Russie des indépendances de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud.

Positions invariables à Moscou et à Tbilissi

Le coup de force russe peut être perçu comme une réponse diplomatique musclée face à l’Occident, alors que ce dernier avait utilisé pendant la guerre, comme moyen de pression sur le Kremlin, l’affirmation d’une entrée prochaine de la Géorgie dans l’OTAN. L’argument atlantiste et la confirmation des séparatismes en Géorgie peuvent être mis sur une même échelle, d’autant que Moscou, opposée à l’indépendance du Kosovo, avait utilisé celle-ci ces derniers mois comme exemple de précédent pouvant légitimer les indépendances des séparatistes géorgiens.

Le ton du Kremlin n’a d’ailleurs pas faibli depuis que la communauté internationale occidentale a condamné son coup de force, renvoyant à cette dernière la reconnaissance de l’indépendance du Kosovo ou les interventions militaires en Irak et en Afghanistan pour couper court à ses critiques. Il semble à présent probable que la présence russe soit en train de se renforcer en Abkhazie et en Ossétie du Sud, et rien ne permet de penser qu’une autre forme de compromis reste envisagée.

La Géorgie, qui a bien entendu violemment condamné la reconnaissance de l’indépendance de ses régions séparatistes, a quant à elle rompu ses liens diplomatiques avec la Russie. Elle a aussi durci son régime de visa pour les citoyens russe et appelé la communauté internationale à condamner ce « crime ». Tbilissi avait rejeté, dans le plan de paix proposé par Nicolas Sarkozy, le point qui ouvrait des négociations sur le statut des deux républiques séparatistes, martelant que son intégrité territoriale ne pouvait pas être remise en question. Sur le terrain, le geste radical de Moscou qui s’appuie sur sa victoire militaire semble au contraire dissiper les chances de Tbilissi de pouvoir rétablir, au moins sur le terrain diplomatique, son emprise sur le sort des deux territoires.

Tbilissi, qui voit chaque jour s’éloigner aussi la chance que l’Occident intervienne sur le terrain alors que les tensions diplomatiques ont été revues à la baisse ces deux derniers jours, poursuit néanmoins le combat de l’information. Une virulente campagne anti-russe est en cours dans les médias géorgiens et un blocage des sites internet russes dans le pays est toujours en cours.

1 commentaire:

Marc a dit…

Bonjour, je ne parle pas russe, donc pas facile de chercher : je me demandais si des voix en Russie se sont élevées contre l'intervention russe en Géorgie. Sakharov, Soljenitsyne avaient vertement critiqué en leur temps l'intervention soviétique en Afghanistan. Y a-t-il des voix dissidentes russes aujourd'hui ?